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Le 04/04/2024 2

Article du 4 avril 2024

« Nous sommes en guerre ! » On aura reconnu le slogan favori de notre Président, celui qui permet de demander  à la nation d’être le petit doigt sur la couture du pantalon. « Je ne veux voir qu’une tête ! » disaient les militaires qui commandaient aux régiments en file. Bientôt, ce sera « Je ne veux entendre qu’une seule voix ». Les appareils de contrôle de l’opinion se multiplient. La répression s’organise. Anastasie va pouvoir s’appuyer sur les ressources du web et des IA : fini le temps des bons vieux ciseaux. Petite revue de presse des dispositifs liberticides créés en Macronie, régime illibéral autoritaire, et aussi en Europe, notre bonne UE bien démocratique.

 

1. Des annonces qui font froid dans le dos

Il y a deux jours, Stéphane Séjourné, devenu Ministre des Affaires étrangères on se demande comment, déclarait le 2 avril :

https://twitter.com/BFMTV/status/1775164037694627867

« Pour affaiblir ce soutien, la Russie a recours au mensonge et à la manipulation de nos opinions publiques. C’est que… elle finance notamment des ingérences comme des faux médias accusent l’Ukraine et l’Europe de crimes commis par d’autres. Dernièrement Daech. C’est une manière d’ailleurs assez grossière de masquer le fait que la Russie s’est trompée d’ennemi en négligeant le risque tu terrorisme islamiste sur son territoire.

Nous serons déterminés à contrer cette propagande et je vous le dis aujourd’hui, en guise également d’annonce, que la France proposera prochainement un régime de sanctions dédié à ceux qui soutiennent les entreprises de désinformation et de déstabilisation de notre pays et de l’ensemble des Européens, c’est une discussion qu’il faut qu’on ait à 27 mais c’est une proposition française ».

Je ne sache pas que la nouvelle ait été beaucoup commentée dans les médias français. ON trouve cette déclaration sur BFMTV, Daily Motion, Orange. Mais je cherche encore en vain les avis de nos éditorialistes et commentateurs professionnels. « Régime de sanctions » : cela désigne bien un éventail de mesures répressives. « Ceux qui soutiennent les entreprises de désinformation » : le ministre ratisse large.

Nos journalistes devraient s’émouvoir, demander qui décide de ce qu’est l’information et de ce qui relève de la désinformation, non ? On touche là au cœur de leur métier, on touche à deux des fondements des régimes démocratiques : la liberté d’opinion et la liberté d’expression.  Eh bien non. L’annonce est arrivée dans un calme plat. Nous sommes en guerre… Les mêmes journalistes ne s’étaient déjà pas émus que l’on interdise en France la chaine Russia Today, alors que qui peut trouver cela normal ? Que Russia Today diffuse en France la voie de la Russie, et alors ? Interdire un média, c’est mettre le doigt dans en engrenage sans fin. CNN n’est pas interdit, qui diffuse pourtant la voix des USA, la vision US du monde, qui n’est a priori pas celle de la France : je me verrais bien, moi, demander la censure d’un média qui diffuse à longueur de journée une propagande américaine. Et pourquoi pas ? Ah oui, mais les USA sont une démocratie ! La France n’a pas non plus interdit la diffusion du média israëlien I24. Ah oui, mais Israël est une démocratie. Chat perché !

Séjourné nous annonce benoitement que l’on va réprimer la diffusion de désinformations. Les thèmes sont tout ce qui pourrait entraîner la « déstabilisation de notre pays et de l’ensemble des Européens ». Critiquer les JO de Paris 2024 (https://www.lemonde.fr/pixels/article/2023/11/13/paris-2024-la-france-denonce-une-campagne-de-desinformation-liee-a-l-azerbaidjan_6199920_4408996.html) est déjà une entreprise de déstabilisation de la France… Dire  d’Ursula Von der Leyen qu’elle est l’objet d’une plainte en cours dans le cadre du Pfizergate, c’est déstabiliser l’UE et faire le jeu de Poutine, non ? https://www.valeursactuelles.com/monde/covid-des-procureurs-europeens-enquetent-sur-un-possible-conflit-dinterets-entre-ursula-von-der-leyen-et-le-pdg-de-pfizer

Les grands médias doivent avoir peur de relayer cette information que l’on ne trouve que chez Politico et Valeurs actuelles. La liste est infinie et le Pouvoir décidera de ce qui pourrait « déstabiliser notre pays ».

Le problème, c’est que la déclaration de Séjourné n’est qu’une énième annonce dans un arsenal de contrôle et de répression qui se met patiemment en place et que je vais détailler un peu. Accrochez-vous, vous allez avoir du mal à y croire. Mais c’est… en marche !

2. Un arsenal répressif

Le pouvoir macronien est très préoccupé d’information. Le Président a mis en place en octobre 2023 des Etats généraux de l’information : https://etats-generaux-information.fr/

Qui va faire des propositions à l’été 2024 pour « garantir notre droit à l’information à l’ère du numérique »  et « proposer d’ici l’été 2024 un plan d’actions concrètes pour le droit à l’information en France en s’appuyant sur les contributions des professionnels, des citoyens et des chercheurs ». 

C’est marrant parce que moi j’aurais proposé un autre thème : « garantir notre droit à l’information à l’ère où tous les médias sont la propriété de quelques capitalistes. » Mais non, il ne s’agit pas de cela.

C’est sans doute dans ce cadre que le 13 février, le Conseil d’État a sommé l’Arcom, l’Autorité qui régule radios et télévisions en France, de mieux contrôler l’orientation idéologique de CNews – comme si c’était le rôle de l’État de décider quelles idées sont dignes d’être « vues à la TV » ! Mon point d’exclamation est un point d’indignation et pourtant mes opinions sont é l’opposé de celles de CNews.

  1. 2.1. Au niveau européen : le Digital Service Act.

Le 17 février dernier est entré en vigueur le DSA, un dispositif européen voulu par Thierry Breton pour mieux censurer sur les réseaux sociaux, notamment Twitter (X), qui persiste à promouvoir la liberté d’expression sur sa plateforme. Selon Breton, commissaire européen au marché intérieur, « dans bien des cas, l’espace numérique est une zone de non-droit. Il s’agit pour l’Europe de reprendre la main sur les plateformes structurantes […] Le fil conducteur du DSA est simple : ce qui est autorisé offline doit l’être online, ce qui est interdit offline doit l’être online. Que l’on parle de contrefaçon, d’antisémitisme, de pédopornographie, de menaces de mort ou de vente de drogues, tous les contenus illégaux doivent être retirés. Les contenus haineux, l’amplification de la violence verbale et physique, la désinformation doivent être identifiés comme tels et traités en conséquence. Tout ce qui est interdit dans l'espace public sera aussi interdit dans l’espace online. »

Les réseaux sociaux sont priés de faire le ménage. Je vous renvoie vers deux liens :

Wikipedia pour résumer :

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A8glement_sur_les_services_num%C3%A9riques

L’original si vous avez le temps : Règlement (UE) 2022/2065 du Parlement européen et du Conseil du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques et modifiant la directive 2000/31/CE

https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/ALL/?uri=CELEX%3A32022R2065

Ce Digital Service Act fournit déjà à Séjourné le cadre dont il a besoin pour discuter à 27 du « régime de sanctions » annoncé. Il n’a plus qu’à se couler dedans, c’est pas beau la coopération entre démocraties libérales ?

  1. 2.2. Connaissez-vous Viginum ?

Non ? C’est pourtant le dernier né des appareils de contrôle français sur l’information. Viginum a été créée en 2021 par le gouvernement d’Emmanuel Macron, par simple décret, sans même passer par le Parlement. La CNIL avait alors exprimé de lourdes craintes, car l’agence s’est vu octroyer le droit, via la surveillance des réseaux sociaux, d’obtenir une fiche précise de vos opinions en croisant tout ce que vous dites sur Facebook, Twitter (X), YouTube, etc. et de communiquer tout cela à d’autres services de l’État. Vous avez « aimé » l’opinion d’un opposant au président Macron ? Viginum le sait. Un petit pouce bleu pour soutenir le professeur Raoult? Viginum le sait. L’agence peut faire le compte de vos « mauvaises opinions ». Et conduire à vous faire censurer. Allez voir vous-même le site, je ne filtre pas l’information, moi !

https://www.sgdsn.gouv.fr/notre-organisation/composantes/service-de-vigilance-et-protection-contre-les-ingerences-numeriques

Créé le 13 juillet 2021 VIGINUM répond à un défi majeur : Protéger le débat public contre les ingérences numériques étrangères.

Ses missions

La mission principale de VIGINUM est de détecter et de caractériser des ingérences numériques étrangères affectant le débat public numérique en France. 

Pour ce faire, le service étudie les phénomènes inauthentiques (comptes suspects, contenus malveillants, comportements anormaux, aberrants ou coordonnés) qui se manifestent sur les plateformes numériques.

Viginum est un panoptikon numérique qui va enregistrer tous nos positionnements :

Une image contenant texte, capture d’écran, document, lettre

Description générée automatiquement

Si l’on est plein de confiance. on peut repérer dans ce beau discours que l’on collecte des données de « manière proportionnée », certes selon des « critères techniques déterminés »… on ne sait pas comment ni pourquoi. Mais il faut avoir confiance, non ? Et les données collectées sont détruites après 4 mois : tout va bien ! Mais à qui ont-elles été transmises avant ? Pour quoi faire ? Et si ce service les a gardées ?

Le Monde du droit, magazine des professions juridiques est inquiet

https://www.lemondedudroit.fr/decryptages/81362-viginum-ou-comment-l-etat-se-dote-d-un-outil-pour-lutter-contre-les-ingerences-etrangeres.html

Extraits :

On ne peut néanmoins écarter le risque de voir ainsi naitre, sous l’impulsion de l’exécutif, un arbitre  de l’information valable et, partant, craindre pour la liberté d’expression si nécessaire à la démocratie. 

Afin que le service ne soit réputé comme étant un outil d’influence en ligne du gouvernement, le  régulateur a prévu la mise en place d’un comité d’éthique et scientifique constitué d’experts  techniques qualifiés dans les domaines de compétences de VIGINUM6 et placés sous la présidence d’un conseiller d’État. Cependant, plusieurs éléments interpellent. Ainsi, le rapport annuel du comité d’éthique est destiné à être adressé au Premier Ministre dont on peut interroger l’impartialité, notamment dans les périodes électorales, celles-ci étant expressément visées dans le décret de création de VIGINUM.  

En outre, une fois les auteurs d’une campagne de « fake news » identifiés par VIGINUM, le décret ne  précise pas explicitement qui sont les acteurs qui ont été mandatés pour mettre fin à ces ingérences et en réalité, sur ce terrain, rien ne semble encore bien dessiné.

Enfin, on peut également s’interroger sur la redondance d’un tel mécanisme. En effet, l’article L. 163- 2 du Code électoral prévoit déjà depuis 2020, que dans le cadre d’élections générales, le juge des référés peut, à la demande du ministère public, de tout candidat ou de personne ayant intérêt à agir,  ordonner la cession de diffusion des allégations inexactes de nature à altérer la sincérité du scrutin. Le  pouvoir judiciaire n’est-il pas, par son indépendance, plus à même que l’exécutif d’assurer l’impartialité d’une décision relative au caractère préjudiciable d’une information ?  

S’il est compréhensible, au regard de l’actualité directe et plus lointaine, que l’exécutif souhaite détecter les ingérences numériques étrangères dont le but est de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, cela ne doit pas avoir pour effet de remettre en cause les libertés en place  et notamment le libre exercice de la communication au public par voie électronique.  

Le 12 février dernier, Viginum a publié un rapport qui a permis au gouvernement de fermer immédiatement une vingtaine de chaînes d’informations sur Telegram. Tous les discours ne sont pas bons à lire et entendre en démocratie. Le Peuple doit être préservé mais pas des discours produits par la presse de Bernard Arnault.

  1. 2.3. Loi sur les dérives sectaires

Le 14 février dernier, l’Assemblée nationale a rétabli l’article 4 liberticide de la « loi sur les dérives sectaires ». Elle vise plus particulièrement le domaine de la santé. Il faut protéger le public des pseudo-médecines. Objectif louable, mais arsenal législatif très discutable.

Dérives sectaires : l’Assemblée nationale approuve finalement le délit de provocation à l’abandon de soins

Ce nouveau délit sera passible d’un an d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, des peines portées à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende quand la provocation a été suivie d’effets.

Le Monde avec AFP

Je pense qu’il va falloir que je modère mes futures critiques à l’égard des discours par lesquels la Science nous dit d’aller nous faire vacciner tous les trois mois.

3. Les moutons bêlent de contentement et de consentement

La peur du loup fait aimer le chien de berger. Les spécialistes de la désintox sont nos amis, même quand ils tiennent des discours liberticides. Regardez Thomas Huchon, journaliste spécialiste du Web et auteur de « Anti fake news »…

« Le problème que l’on a nous, c’est que la démocratie est le système le moins bien doté pour se protéger lui-même et que un régime autoritaire a beaucoup plus de moyens de se défendre contre l’agression extérieure que la démocratie. Quelque part ce qui nous pose le principal problème aujourd’hui pour nous défendre, ce sont avant tout des libertés que nous autorisons, ce qui est totalement paradoxal, totalement contre intuitif et ce qui nous pose un énorme problème parce que finalement la seule vraie manière de lutter contre les agressions numériques russes en termes de guerre de l’information – il s’agit d’une guerre – et bien ça serait de se transformer de ce point de vue-là, de ne plus incarner les valeurs qui sont les nôtres. »

Ah ben voilà, la tentation. « Nous sommes en guerre », cela n’est pas du tout remis en question par Huchon et, que voulez-vous, en guerre, on prend des mesures. La démocratie, c’est bien en temps de paix, non ? Mais après… « Je ne veux voir qu’une tête ! »

Commentaires

  • SPRIKRITIK

    1 SPRIKRITIK Le 04/04/2024

    Démocratie, démocratie ? C'est quoi çà ? Qu'on ait ou non entendu parler des théorèmes de Condorcet, Arrow, Gibbard-Satterthwaite et Hylard, notre culte de ce qu'il est abusivement convenu d'appeler « la démocratie », le concept en lui-même – dont l'historicité est très mal connue - déjà et a fortiori son application quotidienne dans les « meilleurs » états considérés comme « démocratiques » est irréfléchi. Alors que nos médias sont pourtant quotidiennement emplis des tristes, voire horribles conséquences de ce culte grégaire non fondé.

    En effet on aura beau dire, on aura beau faire « Dès que nous disons le mot « démocratie » pour nommer notre mode de gouvernement qu’il soit américain, allemand ou français, nous mentons. La démocratie ne peut jamais être qu’une idée régulatrice, une belle idée dont nous baptisons promptement des pratiques très diverses. Nous en sommes loin, mais encore faut-il le savoir et le dire »(A.E)

    « Nous sommes victimes d'un abus de mots. Notre système (les « démocraties » occidentales) ne peut s'appeler « démocratique » et le qualifier ainsi est grave, car ceci empêche la réalisation de la vraie démocratie tout en lui volant son nom. » (S-C.K)

    « La démocratie, c'est le nom volé d'une idée violée » (J-P.M).
    bruno.maurer034orange.fr

    bruno.maurer034orange.fr Le 20/04/2024

    Bonjour SPRIKRITIK, on pourrait avoir l'explicitation du nom des auteurs dont il y a ici les initiales ? Merci.

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