Droite-gauche en 2025 : la grande confusion (1)

Le 29/03/2025 1

Article du 29 mars 2025

J’entame une série d’articles dont je ne sais trop encore où elle va me mener sur les notions de gauche et de droite dans la politique française.

Cette série naît de plusieurs conversations que j’ai eues avec des proches ou des amis… de droite, ou qui se disent tels. Et qui me renvoient à une identité de gauche dont je me réclame. Entre eux et moi, il y a pourtant beaucoup de terrains communs, sinon on ne serait pas amis. À commencer par les terrains de pétanque ou de tennis. Je vais donc simplement commencer cette série par des anecdotes, des tranches de vie ; l’analyse viendra plus tard.

Récemment, un ami pétanqueur, il se reconnaîtra car il me lit, me disait : « Je les lis tes blogs, ça me fait réfléchir, beaucoup, c’est très intéressant. Je les fais lire à des gens qui me disent « Oui, il dit des trucs intéressants, des trucs bien, mais on voit bien qu’il est de gauche ! ». Et lui de leur dire « Et alors ? ». Et alors, oui, si on partage, avec des analyses, des visions du monde et donc peut-être des valeurs ? Ce qui se dit, au fond, dans ce qu’il me rapporte de ses propres conversations, c’est que pour lui, il y a plus de commun entre nous deux que de différent, et j’en suis persuadé. Reste à voir ce que c’est.

C’est aussi une amie et collègue de travail qui me dit un jour, à propos d’un sujet sociétal - ce devait être quelque chose autour du genre, de l’inclusion, de la transidentité, de la place croissante et quasi obligée faite à ces thématiques aujourd’hui dans l’éducation des enfants : « Au fond, tu es plus de droite que moi. Sur ces sujets. » Cela m’a fait beaucoup réfléchir. Que me disait-elle ? Que j’étais moins « progressiste », qu’elle, plus « réac » comme on dit. Peut-on être à la fois de gauche et « réac » à propos de ces thématiques que nous évoquions ? Et donc être de gauche, pour elle, c’était être pour l’évolution des idées, le « progrès », alors que moi j’étais beaucoup plus réticent qu’elle à juger tout changement « libérant l’individu » comme étant bon, désirable, allant dans le bon sens… Dans le bon sens ? Mais pour quoi ? Pour qui ? Pour les individus ou pour la société ? Cela reste à dire. Et j'y reviendrai mais au terme d'un détour de trois ou quatre articles. Patience !

C’est encore mon frère, il y a quelques semaines, qui me commente une chronique de Philippe Val,  ancien rédacteur en chef de Charlie Hebdo et toujours actionnaire, à propos des attentats de Charlie, dix ans après, et qui condamne dans sa chronique ceux qui, à gauche, questionnent la politique d’Israël : ils sont pro Hamas et donc du côté des massacreurs de Charlie. Puis il ajoute que Val prend des risques, en tant qu’homme « de gauche », de tenir ce genre de discours politiquement incorrect. Il prend le risque d’être mis au ban par la police de la pensée de gauche, et c’est courageux de sa part. On poursuit : il me dit qu’à la télé et à la radio, les journalistes sont de gauche  - un discours très très ambiant : « France inter est de gauche » – et qu’il y a plein de choses que l’on ne plus entendre, que l’on ne peut plus dire. Val prend-il donc le risque d’être mis au ban ? Un peu de contextualisation : Val parle dans sa chronique au micro d’Europe 1, radio dont il est un chroniqueur attitré, il fait même partie des « signatures » de la chaine. La chaine appartient à Bolloré, comme CNews, Paris Match, le Journal du dimanche, etc. Par quel miracle des milliardaires financeraient-ils des médias de gauche ? Il faudrait plutôt s’interroger : en quoi Val est-il de gauche ? Suffit-il pour cela d’être actionnaire de Charlie Hebdo ? Charlie Hebdo est-il de gauche ? Question annexe au passage : son irrévérence est-elle encore réelle ou un avatar sexy de la pensée ? Moi qui ai lu Charlie Hebdo de Cavanna, il y a longtemps que je me retrouve plus dans les leçons de morale que dispense cet hebdo. En fait, mon frère n’a pas tort de dire que certains discours ne peuvent plus avoir cours : dans les médias comme Europe 1 (TF1, France 2, toutes les chaines privées, la presse écrite dans sa quasi-intégralité), c’est bien le règle de la pensée unique, l’impossibilité de penser autrement. Mais attention : il y a deux pensées uniques : une économique (celle de tous ceux qui nous disent qu’il faut toujours plus libérer l’économie et encore baisser les impôts) et une sociétale (celle qui nous dit que l’individu doit jouir sans contrainte, au diable les vieux carcans de la morale et à chacun sa vérité). Ces deux pensées uniques (l’une de droite, l’autre de gauche ?) sont en réalité les deux faces d’une même pièce, encore une fois. Il y a effectivement, pris entre ces deux carcans de la pensée unique, plein de discours que l’on ne peut plus entendre. Qui n’ont plus accès aux médias. Et les milliardaires qui possèdent ces médias savent très bien ce qu’ils font : ils poussent l’une comme l’autre. Ces deux pensées uniques servent leurs intérêts, de deux manières différentes et en apparence seulement contradictoires, dans un contexte de lutte des classes qui n’a jamais cessé. Voire qui n’a jamais été aussi à la fois exacerbé et invisible. J’y reviendrai.

Ce qui est aussi à l’origine des articles à venir, c’est un ancien voisin, conducteur de bus, un gars très gentil, mais qui disait un jour de juin 2024, sous les arbres de la pétanque, qu’il était prêt à dézinguer quelqu’un de la France insoumise – on était en campagne électorale - parce que ces gens-là, ils étaient du côté de la racaille, contre les policiers, et que c’était insupportable. Lui était volontiers lepéniste, de bonne foi, et il ne comprenait pas. Comme il est de notoriété publique chez amis pétanqueurs que mon analyse politique est « de gauche » (on verra plus tard ce qu’on y met), et comme il m’aime bien parce qu’on partage … des valeurs, une façon d’être avec les autres et pour les autres, il me dit un jour : « Explique-moi comment toi, Bruno, tu peux être du côté de ceux qui cassent du flic, etc. Moi, je les connais bien ces gens, c’est des gens bien, je fais parfois des contrats de sécurité, de maintien de l’ordre (il est assez costaud et pas maladroit en arts martiaux), et comment tu peux cautionner des discours anti-flics, etc. ? » La sécurité était pour lui la première des libertés et ce qu’il appelait la gauche trahissait cela. Anti-France. On s’est assis à l’ombre et j’ai commencé à lui dire que, quoique de gauche, je ne me sentais pas toujours en phase avec les partis de gauche et que je ne condamnais pas les flics qui tapaient sur le peuple. Mais que je condamnais l’État qui se servait de forces censées juste assurer la paix civile en tant qu’agents de répression politique pour réprimer de manière brutale des mouvements sociaux légitimes en démocratie et s’exprimant pacifiquement (les black blocks qui cassent les vitrines sont les alliés objectifs du Pouvoir, on sait cela depuis longtemps – il servent juste à discréditer des mouvements pacifiques et à pouvoir réprimer). Que si l’État écoutait plus le Peuple au lieu de gouverner contre ses aspirations profondes, les policiers se trouveraient peut-être moins éloignés de leurs missions premières et moins exposés aux critiques. Moins pris entre deux feux. J’ai commencé à remonter en amont, à des questions de capitalisme, de classes populaires montées les unes contre les autres, à l’exploitation de la question migratoires pour faire croire aux pauvres que les problèmes viennent de plus pauvres qu’eux et pas de ceux qui accaparent.

Et puis au final, je lui ai dit que j’avais beau être « de gauche », je n'étais pas en accord avec les partis censés me représenter, et sur nombre de points. Pas d’accord du tout quand j’entends des députés LFI proposer de dépénaliser le cannabis et peut-être bien d’en confier la vente aux dealers actuels. Euh, les gars, vous croyez que c’est ce genre « d’analyse » politique que le Peuple attend de vous, dans la panade politique, sociétale et économique dans laquelle se trouve le pays ? Vraie crise de la représentation politique pour moi. Qui explique que les gens « de gauche » n'aillent plus voter. Ou votent le Pen, sans plus voir les enjeux ni le fait que ce vote est contre leurs intérêts. Qui explique que ceux qui jouent contre les intérêts des classes populaires, dominées, peuvent continuer à gagner les élections. Puis les parties de pétanque ont repris, on s’est promis de continuer le dialogue, tranquillement, ce qu’on avait fait pendant une bonne demi-heure. Mais l’été est arrivé, et lui ne venait pas régulièrement jouer avec nous. Les amis de la pétanque.

Lesquels, si on les interroge, vont se dire à 90 % « de droite »  - ils ont des circonstances atténuantes : Pieds Noirs pour la plupart - et même de ce que les médias ont tôt fait de qualifier d’ « extrême-droite », sans dire ce que signifie ce mot. Quoi, toi, Bruno, tu passes des après-midis avec des gens qui ont ces idées-là ? Des « colonialistes » ? Ah ben oui, alors. Ce sont des gens charmants, le cœur sur la main, l’entraide à fleur de peau, avec des valeurs de fraternité, d’humanité, très profondes. Celles des gens de bien. Aucun d’eux ne serait pourtant qualifié d’ « inclusif » par une certaine « gauche » woke. Or, j’ai sans doute plus de choses en commun avec eux qu’avec Sandrine Rousseau ou Marine Tondelier ou Rima Hassan ou François Hollande ou Aymeric Caron. Et plus bien sûr encore qu’avec Attal, Macron, Bayrou, Aurore Bergé, c’est certain ! Ce personnel politique dans son ensemble ne constitue en fait que les deux faces d’une même pièce. Et que, si une pièce pouvait avoir trois faces, Le Pen serait la troisième ! Mais de quelque côté que tombe la pièce lors des élections, c’est la même politique qui va être faite, avec juste un peu de coloration inclusive ou pas.

On en vient à la question de l’incarnation politique, par des partis, de ces idées de gauche et de droite.

Chaque pays a sa culture politique et se dire de gauche ou de droite en France, ce n’est certainement pas la même chose que le penser aux Etats-Unis, en Angleterre, en Suisse, en Algérie ou au Mali. Dans nombre de pays, cette distinction n’a même sans doute pas de sens du tout. Et ce qu’il me semble, c’est qu’elle tend à en perdre même en France – où elle est historiquement née – sous l’effet d’un confusionnisme politique auquel a contribué l’Histoire récente de notre pays.

A ce stade, je pense qu’il faut poser une distinction pour tenter d’y comprendre quelque chose. Distinguer la droite et la gauche comme idéaux politiques, visions du monde, de leur incarnation dans des partis qui se prétendent de gauche ou de droite et qui ne correspondent plus, ou alors de très loin à la façon de leurres à électeurs (éléections... pièges à cons), à ces idéaux. Ce sera peut-être une manière de commencer à y comprendre quelque chose !

Je n’ai fait pour l’instant que poser mes propres interrogations, issues de ma vie, que les partager pour poser le décor. Elles rencontrent sans doute votre vécu également. Prochainement, je vais tenter de mettre de l’ordre et de définir, enfin, droite et gauche !

À suivre !

Commentaires

  • JOSEPH Alain

    1 JOSEPH Alain Le 29/03/2025

    Quand j'étais jeune, pour moi, la droite représentait les bourgeois et les gens aisés et la gauche, plutôt les travailleurs (Georges Marchais etc.). En tant qu'étudiant je me définissais de gauche et je préférais les artistes de G plutôt que ceux de D. A savoir: Hélène Martin, Monique Morelli, Colette Magny, Léo ferré, Yves Montand, Pia Colombo, Maurice Fanon, Gribouille, Barbara, Brassens, Juliette Gréco, Cora Veaucaire, Tachan etc. , etc. j'en oublie et des meilleurs, Boby Lapointe etc. C'était mon monde avec le Palmipède et Hara-Kiri.
    Depuis, j'ai réfléchi et je me dis que la politique intérieure d'un pays n'a pas besoin des idées préconçues de la droite ou de la gauche. L'idée de base, c'est que le peuple soit heureux de vivre dans ce pays. Pour cela il y a des actions à mener qui ne sont ni de G ni de D. : il suffit de les mettre sur la table et de les réaliser. Quant aux personnes politiques elles ne doivent pas bénéficier d'avantages qui leur permettent de se croire supérieures aux autres êtres humains. Cela doit être un métier comme un autre. Quant à la politique extérieure, c'est un autre problème plus complexe mais comme le dit Bruno, droite, gauche cela ne veut plus rien dire sinon faire causer et foutre la zizanie au sein du peuple nostalgique.

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