Vite, vite, sacrifions nos économies !

Le 15/03/2025 0

Article du 15 mars 2025

Devant une menace toujours accrue de… trêve et de fin des hostilités, Ursula von der Leyen accélère. Il ne faudrait pas que la réorientation de l’économie européenne soit stoppée net si près du but !

Déclaration du 11 mars :

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/defense-europeenne-pour-ursula-von-der-leyen-l-augmentation-tres-rapide-des-depenses-doit-avoir-lieu-maintenant_7123335.html 

La présidente de la Commission européenne presse les Vingt-Sept. "Il nous faut une augmentation très rapide des capacités de défense européennes. Et il nous la faut maintenant", a lancé, mardi 11 mars, Ursula von der Leyen. 

Les médias et l’ensemble de la classe politique (LFI et communistes mis à part) ont vite entonné le chant attendu de la menace imminente face à laquelle il faut absolument réagir, en consacrant des sommes que l’on n’avait pas à l’économie de guerre. Patrick Kanner, socialiste, nuance : « Nous ne sommes pas en économie de guerre" «  nuance-t-il, « nous sommes dans une économie de renforcement de la défense potentielle ».

(https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/l-invite-franceinfo-soir/augmentation-prevue-du-budget-de-la-defense-on-sera-oblige-de-demander-un-effort-fiscal-et-notamment-aux-plus-riches-affirme-le-senateur-ps-patrick-kanner-9092415)

Les reportages vont à peu près tous dans le même sens. Aucun ne s’intéresse à l’ensemble des faits qui pourraient relativiser cette menace (cf article précédent), mais ils apportent de l’eau au moulin présidentiel, celui qui brasse de l’air en tournant sur lui-même.

Ici, c’est France info qui donne la parole à trois générations de Français, une famille, qui conclut « Ah ben oui, on n’aurait jamais cru devoir revivre cela. » Le niveau zéro de l’information, tout pour l’émotion, le petit bout de la lorgnette

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-choix-franceinfo/temoignages-ce-ne-sont-pas-que-les-histoires-de-nos-grands-parents-ca-peut-arriver-trois-generations-racontent-leurs-inquietudes-face-a-la-menace-d-une-guerre_7098363.html 

Jeudi 13 mars, France inter avait fait la même chose dans un reportage classé « Grand format ». Le journalisme de terrain était allé, bravement, interroger une famille !

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-format/le-grand-format-du-jeudi-13-mars-2025-9059200

Le reportage « Grand format » dure 1 minute… Et on entend Michael le père, 43 ans, le fils de 20 ans, qui avait été déçu de découvrir que la journée d’appel, il n’ait pas pu crapahuter dans la boue et qui aimerait qu’on revienne à quelques semaines de vraie formation militaire. Il imaginait un « mini-service militaire condensé en une journée » : la connerie humaine a-t-elle encore des limites ? Et la journaliste de rapporter fidèlement cela, sans commentaire, sans analyse. Puis c’est le grand-père, Guy, 70 ans, étonné par ce discours, par « cette prise de conscience qu’ils ont les jeunes ». « On pensait que c’était réservé aux livres d’Histoire et ça fait très peur. »

La journaliste conclut de son commentaire : « Pour Guy, une certitude : il faut que l’Europe réagisse. » Dernière phrase du « reportage » et magnifique illustration d’un travail de propagande, loin d’un travail d’information. Comment et pourquoi écouter encore France inter ?

Propagande toujours, dans la presse TV régionale :

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/cote-d-or/le-site-du-departement-de-cote-d-or-victime-d-une-cyberattaque-probablement-d-origine-russe-3121408.html 

Le site du département de Côte d’Or victime d’une cyberattaque « probablement d’origine russe » ? C’est plus de la menace, c’est carrément un conflit ouvert ! Mais ce qu’il y a de bien avec ce genre de nouvelles, c’est qu’on peut s’abstenir de faits réels, attestés. C’est comme les Atlantes et les Lémuriens du gourou du Madarom qui attaquaient par millions la nuit et qui étaient repoussés par les membres de la secte.

Sans donner plus de précisions, le conseil départemental de Côte-d'Or a indiqué sur ces différents réseaux sociaux, ce mercredi 12 mars, avoir été victime d'une cyberattaque massive. L'administration précise que son site internet, cotedor.fr, connaît "de fortes perturbations depuis ce [mercredi] matin," et que ces équipes sont mobilisées pour rétablir la situation au plus vite.

La réalité de l’attaque est d’autant moins attestable que

Toutefois, ce n’est pas une attaque dangereuse dans la mesure où aucune fuite de données n’a été constatée…

Mais la Russie est forcément derrière.

Concernant l’origine de l’attaque, le département a rapidement précisé sur Facebook qu’elle était "probablement d’origine russe." Le service communication précise que l’attaque a commencé trois jours plus tôt. Toutefois, aucune explication n’a été donnée sur les moyens permettant de déterminer l’origine d’une telle cyberattaque.

La dernière phrase montre que même France 3 est gênée aux entournures.  Mais bon, il faut relayer « l’information ». Médium d’État.

Le site internet Clubic, spécialisé en nouvelles technologies, relaie aussi ce qui constitue en fait la seule manifestation possible de l’agressivité russe. Possible mais invisible.

https://www.clubic.com/actualite-556860-le-sabotage-industriel-est-devenue-la-nouvelle-arme-des-hacktivistes-russes-dit-l-agence-cyber-francaise.html 

Dans son dernier panorama de la cybermenace, l'ANSSI alerte sur l'augmentation inquiétante des cyberattaques à visée de déstabilisation, avec un doublement des attaques DDoS et l'émergence de sabotages qui ciblent les installations industrielles.

Les Russes toujours.

L'action la plus aboutie a mené à l'arrêt d'un parc éolien pendant quelques heures, ce qui pour la société victime a entraîné une perte financière de plusieurs milliers d'euros.

Ah ouais, c’est carrément du lourd ! Vite, trouver 150 milliards en France, sinon on est foutus.

Pour une économie de « défense potentielle », comme le dit si joliment le sénateur français chef de file des socialistes, on va nous demander de contribuer de manière effective. On ne sait trop encore comment. Le concours Lépine a commencé. Kanner propose, avec d’autres la création d’un livret d’épargne dédié à l’armement !

Rappelons qu’au printemps 2024 (6 mars), une partie du Livret A, jusqu’alors dédiée au logement social a déjà été réorientée via une proposition du Sénat pour financer les industries de défense :

https://www.publicsenat.fr/actualites/parlementaire/le-senat-adopte-le-texte-sur-le-financement-des-entreprises-de-la-defense-par-le-livret-a

C’est à une large majorité, par 244 voix contre 34, que le Sénat a adopté mardi la proposition de loi sur le financement des entreprises de l’industrie de défense française, présentée par le sénateur LR Pascal Allizard.

Les groupes LR, centriste, RDPI, Les Indépendants et RDSE ont voté pour. Le groupe PS s’est abstenu. Le groupe communiste ainsi que le groupe écologiste ont voté contre.

La même idée revient aujourd’hui. Promis, juré, on ne créera pas un impôt nouveau ! On va juste utiliser notre épargne.

https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/defense/financement-du-rearmement-la-piste-de-l-assurance-vie-privilegiee_AN-202503110561.html

Sera-ce l’assurance-vie ?

Mais pour ma part, si on me demande mon avis, des livrets fléchés j’en vois plein à faire, et grâce auxquels c’est toute la société qui s’en trouvera mieux, pas Dassault et Thalès et les entreprises américaines :

  • Un pour la justice, sinistrée depuis des décennies ;
  • Un pour les hôpitaux, déjà en état de mort clinique après deux décennies de management de disette ;
  • Un pour l’enseignement supérieur et la recherche.

Je vais parler de ce dernier point, que je connais mieux.

https://www.mediapart.fr/journal/france/110325/et-pendant-ce-temps-la-recherche-francaise-continue-decliner 

L’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche appelle à une mobilisation mardi 11 mars contre un budget qui « menace à très court terme les missions fondamentales des universités et des organismes de recherche ». En toile de fond : l’érosion de la place internationale de la recherche française.

C’est un chiffre que les dirigeants de la recherche française, pourtant gourmands de comparaisons internationales, se sont bien gardés de commenter : la part des publications scientifiques françaises dans le total mondial est passée du sixième rang à la fin des années 2000 au treizième en 2022. Quels que soient les critères retenus, et à peu près quelles que soient les disciplines, la recherche française s’avère en plein déclin. L’Observatoire des sciences et techniques, qui a produit ces données, se garde d’analyser les causes. Il produit le thermomètre, non le diagnostic. Les résultats de son analyse de la principale base de données de bibliographie scientifique internationale – le Web of Science – sont difficilement contestables. Les publications de chercheurs français, toutes disciplines confondues, représentaient en 2022 2,1 % du total mondial contre 3,8 % en 2009.

Aucun pays n’a connu un déclin d’une telle ampleur. Les cinq premières puissances scientifiques mondiales restent quasiment les mêmes depuis vingt ans : Chine, États-Unis, Inde (qui a dépassé le Japon en 2013, puis pris la troisième place deux ans plus tard), Royaume-Uni, Allemagne. Mais là où la France était solidement installée à la sixième place au début des années 2000, elle a été dépassée par l’Italie, l’Espagne, le Canada, la Corée du Sud, l’Australie et le Brésil.

Beau bilan de la politique dite d’ « excellence » de la recherche française qui a consisté à créer des Labex, des Idex, des usines à gaz d’un côté concentrant un peu plus de moyens tandis qu’elle précarisait les chercheurs, asséchait les financements des équipes « ordinaires » et organisait la compétition entre elles pour se partager quelques miettes.

La part du PIB consacrée à la recherche, publique comme privée, est une bonne mesure de l’effort scientifique d’un pays. En France, elle stagne depuis vingt ans autour de 2,2 %, soit à peine plus que la moyenne au sein de l’Union européenne, et bien en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (2,7 %) qui ont presque tous développé leurs investissements dans la recherche.

Donnons vite plus d’argent à l’industrie (américaine pour 55% de nos dépenses à venir), au lieu de payer ne serait-ce que décemment les chercheurs :

Enfin, les salaires proposés par la recherche publique française (2 219 euros brut pour un chargé de recherche en début de carrière, avec huit années d’étude et quelques années d’expérience en laboratoire comme « post-doc ») sont indigents à l’échelle internationale, de plus d’un tiers inférieurs à ce qui se pratique dans les autres grands pays scientifiques, même si la garantie de l’emploi qu’offre le statut de fonctionnaire compense en partie ces faibles rémunérations.

Pendant ce temps, les Universités françaises se préparent à accueillir les chercheurs américains. Ceux qui demandent l’asile académique. Spontanément, je me disais que cela allait leur faire bizarre à ces Américains. Mais d’une part, on va peut-être voir revenir des Français qui étaient partis pour trouver des salaires dignes et des moyens, ils seront moins surpris, d’autre part les conditions financières pourraient être meilleures :

https://marsactu.fr/bref/aix-marseille-universite-prepare-larrivee-de-chercheurs-americains-avec-15-millions-deuros/

Aix-Marseille université prépare l’arrivée de chercheurs américains avec 15 millions d’euros

Elisabeth Borne s’est rendue à Marseille jeudi 13 mars (2 jours après la manifestation nationale pour la recherche française en perdition). Extrait de la nouvelle :

“Il est important de saluer la réactivité d’Aix-Marseille université. Depuis l’élection de Donald Trump, on assiste à une remise en cause inédite de la recherche scientifique. C’est un enjeu de souveraineté et de compétitivité. Il faut permettre le retour de scientifique et leur installation”, s’est-elle exprimée.

Safe place for science, c’est le nom du programme mis en place l’université qui s’élève à 15 millions d’euros. Un financement qui provient plus précisément de la fondation universitaire Amidex, dont le budget annuel de 26 millions d’euros provient d’intérêts d’argent placé par l’État. Avec ces 15 millions, Aix-Marseille université espère ainsi embaucher une quinzaine de chercheurs américains.

“Des enveloppes de 800 000 euros seront allouées par chercheur sur trois ans. 250 000 pour le salaire et entre 500 à 600 000 pour mener leur recherche”, précise Denis Bertin, vice-président de l’université en charge de la fondation.

Cela va faire pour ces réfugiées des salaires bien plus décents que ceux des chercheurs français !

Et des moyens sans équivalent : 200 000 euros par chercheur et par an ? Vous savez quel budget reçoit chaque année mon ancien labo français, Dipralang, pour une douzaine d’enseignants chercheurs ? 17 000 euros…

Il est donc vraiment urgent d’accueillir les chercheurs américains (devoir quasiment humanitaire) et de financer l’économie de défense ! La société française a des besoins urgents, ici et maintenant, de financements sans lesquels des pans entiers de ce qui fait la France (je ne parle pas de la culture, elle aussi sacrifiée) mais elle va tout consacrer à une menace irréelle. Quelques députés au Parlement ont, à la va-vite, déjà voté cette pour cette orientation, apportant un simulacre de démocratie à une décision demandée par Trump, ordonnée par UVDL. Seuls LFI et les communistes ont voté contre. Le RN s’est abstenu. Tous les autres, Verts et socialistes compris, ont voté pour.  Aux Pays-bas, le premier ministre va-t-en guerre vient d'être désavoué par son Parlement.

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/13/aux-pays-bas-le-premier-ministre-est-desavoue-apres-son-soutien-au-plan-de-rearmement-europeen_6580375_3210.html

Trois partis de la majorité de Dick Schoof ont voté avec l’opposition une motion parlementaire remettant en question la participation de son pays au plan Réarmer l’Europe de la Commission de Bruxelles.

En 2005, les Pays-bas, qui avaient refusé le Traité constitutionnel, ont dû revoter. Verra-t-on à nouveau cela ?

 

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