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Le sort fait aux soignants non vaccinés

Le 27/07/2022 0

Article du 27 juillet 2022

L’heure est à la détente sur le front vaccinal. Emmanuel Macron n’a pas eu une majorité absolue à l’Assemblée nationale et de ce fait les mesures de type passe sanitaire et passe vaccinal sont désormais du passé : toutes les injonctions qui vont avec ne pourront plus être mises en place sans un avis express du Parlement. Plus de couvre-feu, plus de confinement et plus de passe dans nos vies quotidiennes.

Que devient donc dans ce cas l’obligation vaccinale ?

Pour l’ensemble de la population, elle a disparu et le gouvernement se contente de rappeler à celles et ceux qui sont déjà vaccinés qu’une quatrième dose serait bienvenue à partir de 18 ans. Mais il n’y a plus à proprement parler de mesures privatives de quoi que ce soit si l’on n’est pas en mesure de présenter un passe. Les Français peuvent donc respirer tranquillement, et ils peuvent ainsi oublier qu’une catégorie de la population est victime d’une discrimination à ce jour jamais vue : les soignants (et les pompiers, et les gendarmes), pour qui l’obligation vaccinale n'a pas été levée et qui, dans certains cas, se voient privés de salaire et de droit au chômage depuis bientôt un an. L’État entend exercer sa violence légitime sur cette catégorie de la population le plus longtemps possible, c’est pour lui une sorte de test et c’est ce que je vais à présent démontrer.

Pas de réintégration des soignants non vaccinés

Fidèle à son principe selon lequel l’État écouterait les scientifiques avant de prendre ses décisions, le gouvernement a sagement attendu les avis de l’Académie de médecine et de la Haute autorité de Santé, deux organismes dont on pourrait penser qu’ils se fonde eux-mêmes sur des évidences scientifiques.

Un argument médical ? Ce n’est manifestement pas le cas, comme on peut le voir avec l’Académie de médecine et son argumentaire :

« La baisse d’efficacité des vaccins pour prévenir l’infection et la contagion par les nouveaux variants du SARS-CoV-2 ne saurait justifier la réintégration des non vaccinés : les vaccins actuels conservent une efficacité résiduelle contre la transmission, qui doit être complétée par le respect strict des gestes barrière en milieux de soin ».

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’une efficacité résiduelle contre la transmission c’est quelque chose de l’ordre du je-ne-sais-quoi comme l’on disait au XVIIe siècle ou du presque rien comme disait le philosophe Vladimir Jankélévitch. Mais ce n’est pas grave, cela va suffire à maintenir l’obligation. La Haute autorité de santé a emboité le pas avec aussi peu d’éléments tangibles sur le service rendu par le vaccin dans la lutte contre la contamination dans les hôpitaux.

L’argument éthique est mis en avant pour expliquer la fermeté du gouvernement et des autorités scientifiques : exemplarité des personnels attendue !

« Tout refus de se faire vacciner motivé par des convictions personnelles est respectable, mais incompatible avec le métier de soignant », souligne l’Académie de médecine, qui y voit une remise en cause de la rationalité scientifique incompatible avec la pratique des métiers de soin. Par ailleurs « la réintégration de professionnels de la santé non vaccinés au sein de l’équipe soignante compromettrait le climat de confiance et la cohésion qui doivent exister entre ses membres et avec les malades », poursuit l’instance.

Un avis partagé par le Conseil scientifique de Macron. Non seulement le retour des non vaccinés ne résoudrait pas la crise de recrutement à l’hôpital, car ils sont une infime minorité, mais peut, au contraire, soulever des problèmes de rejet au sein des équipes de la part d’autres soignants, qui ne comprendraient pas cette réintégration.

Fermez le ban. Les soignants doivent être exemplaires et les personnes qui ne se sont pas vaccinées en évoquant le principe de précaution, celui de libre disposition de sa personne, ou de consentement au traitement médical (des principes fondamentaux des politiques de santé aussi bien que de la démocratie) sont donc marqués à jamais d’un sceau qui ne s’effacera plus. Plus jamais ils ne pourront être réintégrés, car ils n’ont pas été exemplaires : ils n’ont pas accepté d’obéir, ils ont fait valoir leur libre arbitre sur une question qui les concernait au premier chef. Quelle que soit l’évolution future de la crise Covid, on voit mal comment ces personnes pourraient un jour, si l’on suit le raisonnement du Conseil scientifique, travailler à nouveau à côté de leurs collègues.

Une décision politique mais pas sanitaire

Il est pourtant simple de montrer que toutes ces justifications ne tiennent pas. Le pouvoir est pris dans ses contradictions. On le voit bien puisque, même pour les soignants, la quatrième dose sera non obligatoire

https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/07/26/covid-19-la-deuxieme-dose-de-rappel-ouverte-aux-soignants-sans-obligation_6136209_3224.html

Le sujet, délicat, était jusqu’ici toujours « en arbitrage » au ministère de la santé, il est désormais tranché. Les soignants se voient ouvrir l’accès à une « quatrième » dose de vaccin (deuxième rappel) du Covid-19, mais sans obligation, selon une directive de la direction générale de la santé, rendue publique le 26 juillet. Ces professionnels de santé restent soumis à l’obligation vaccinale mise en place durant la crise épidémique, dont le maintien a été largement débattu ces dernières semaines à l’occasion de l’examen du projet de loi sanitaire, mais cette quatrième injection ne « rentre pas dans le champ de l’obligation vaccinale », prévoit le texte.

Le Monde, pourtant peu critique sur la poiltique Covid, ose poser une question de bon sens :

Maintenir l’obligation sans y intégrer ce deuxième rappel, ouvert sur la base du volontariat, a-t-il un sens d’un point de vue sanitaire ? Sollicité, le ministère de la santé n’a pas souhaité s’exprimer.

Le journal se contente de cette non-réponse.

Il est pourtant évident qu’un soignant qui a fait son rappel en janvier dernier, le fameux booster, après deux doses en septembre 2021, n’a plus aucune protection : c’est du moins ce que nous disent les autorités sanitaires (et surtout Pfizer !) pour nous encourager à faire la quatrième dose ! Je serais curieux de savoir combien de personnels de santé vont faire la quatrième dose de manière volontaire, sans y être contraints, puis la cinquième dans trois mois, et ainsi de suite.

De ce fait, il y a fort à parier que d’ores et déjà tous les personnels de santé sont revenus à la case départ en termes de protection vaccinale (si tant est qu’il y en ait eu une) et devraient être considérés comme des non-vaccinés. Exclus de l'hôpital ! Si le gouvernement croyait vraiment à l’utilité de la quatrième dose en termes de santé publique, il devrait logiquement l’imposer aux soignants. Pourquoi ne le fait-il pas ? Tout simplement parce qu’il craint une levée de boucliers, un bras de fer, et de devoir reconnaître au terme d’un débat à l’Assemblée que le vaccin ne marche pas. Et que la plupart des soignants se sont fait initialement vacciner à l’insu de leur plein gré …mais qu’ils ne sont pas prêts à poursuivre l’aventure.

Un vaccin qui ne marche pas…

Cette fois ce n’est pas moi qui le dit, c’est Jean-François Delfraissy qui va quitter dans quelques jours la présidence du Conseil scientifique. Invité il y a quelques jours un petit déjeuner débat, voici ce qu’il déclarait en 2 minutes :

 

Extraits :

« Les vaccins actuels protègent peu contre la contamination et contre l’infection »

« On n’a pas le bon vaccin »

« On va avoir de nouveaux vaccins qui sont fabriqués par les deux grands compagnies… qui sont plus souples entre guillemets pour la fabrication de nouveaux vaccins et qui ont comme objectif non pas la contagiosité mais d’être actifs contre les variants qui seraient plus transmissibles et en particulier contre la série des Omicrons. Donc on aura des nouveaux vaccins au mois d’octobre, disponibles (…) Les premiers résultats montrent qu’il y a une protection qui est accrue contre le Omicron général et contre (…) BA5 c’est-à-dire le variant actuel ».

« Est-ce que ces vaccins sont suffisants ? NON. Ces vaccins auront aussi, auront… et je le dis d’emblée, ils ne protègeront pas bien contre l’infection et contre la transmission. Il faut il faut autre chose, il faut un nouveau mécanisme d’action vaccinal et en particulier des vaccins à visée muqueuse ».

On ne peut pas être plus honnête sur le fait que ses vaccins n’empêchent pas la transmission, et donc n’auraient jamais dû être obligatoires pour les soignants. Faisons encore le crédit au gouvernement d’y avoir cru quelques mois, pendant la première moitié de 2021 mais au moment où il rendait ce vaccin obligatoire, en septembre 2021 les doutes n’étaient déjà plus possibles sur la poursuite de la contagiosité des vaccinés. Aujourd’hui, c’est devenu un lieu commun que de savoir qu’être vacciné ne protège pas de la contamination. Fake News d’hier, Vérité d’aujourd’hui !

Enfin, et c’est la dernière raison qui achève de montrer l’absurdité de la non-réintégration des soignants non vaccinés, c’est le fait que les vaccinés positifs au Covid ont l’autorisation d’aller travailler depuis janvier 2022. On en trouve trace  notamment dans l’article suivant :

https://www.femmeactuelle.fr/sante/news-sante/covid-19-dans-quels-cas-les-soignants-positifs-pourront-ils-etre-autorises-a-travailler-2126234

L’article détaille les conditions :

Le personnel médical autorisé à travailler en étant contaminé par le coronavirus ne pourra cependant pas être en contact avec tous les patients. Ils seront "prioritairement affectés à des activités ne nécessitant pas le contact avec des patients à risque de forme grave de Covid-19 ou en situation d’échec vaccinal", indique le document relayé par Le Parisien. Une affectation qui se fera "dans la mesure du possible".

Cependant, "le risque est extrêmement mesuré", a souligné Bruno Mégarbane sur Franceinfo. "Il faut qu'il s'occupe de patients qui n'aient pas de risques particuliers à ce que lui-même s'en occupe. Donc, en pratique, le soignant positif ne pourra travailler que dans un secteur Covid positif".

Du moment que vous n’avez pas de symptômes ou peu de symptômes mais que vous avez le Covid, vous pouvez continuer d’aller à l’hôpital. À la condition que vous soyez vacciné ! Car si vous ne l’êtes pas, alors vous êtes un danger public, même si vous n’êtes pas positif. Comprenne qui pourra, on est complètement en dehors de toute logique. La seule logique est politique, et elle s’appelle autoritarisme.

Autoritarisme politique contre principes

Le gouvernement ayant fait du vaccin une arme absolue pour contrôler les populations, pour décerner des bons points aux bons citoyens et des mauvais à ceux qui n’obéissaient pas, il a fait peser sur les catégories de populations les plus aisément contrôlables une obligation totale. Parmi celles-ci les soignants, pour lesquelles existait déjà des vaccinations obligatoires et pour lesquelles il suffisait juste d’en rajouter une. C’était confondre des vaccins déjà éprouvés par une longue histoire et justifiés par un véritable service rendu avec un vaccin encore en cours d’expérimentation et au service limité aussi bien dans le temps que dans l’action. Mais une fois que le pouvoir s’était engagé dans cette voie, il n’avait d’autre choix que de persister. Il essaie aujourd’hui d’habiller l’absurdité sanitaire de sa décision par des arguments économiques (les réintégrer ne résoudrait pas la crise de l’hôpital) et « éthiques » : les soignants doivent être exemplaires. Un soignant qui fume peut-il encore travailler ? Ne donne-t-il pas le mauvais exemple ? On entre sur des terrains bien instables…

La presse mainstream a entonné à plein poumons le refrain étatique de la non-réintégration. Honte à elle ! Le Monde, anciennement journal de référence, est devenu journal de révérence.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/07/22/reintegrer-les-soignants-non-vaccines-une-dangereuse-croisade_6135753_3232.html


Cet éditorial, signé Le Monde (!), donne la ligne officielle et nous ramène aux temps de la Pravda dont nous nous gaussions. En face des rédacteurs de ce texte, il y a des vies brisées, de la souffrance. Le Monde n’en a cure. Je recopie l’éditorial en entier. Parce qu’il le vaut bien ! En revanche, je renonce à commenter… Bonne lecture !

 

Réintégrer les soignants non vaccinés, une dangereuse croisade

Certains parlementaires des oppositions militent pour le retour dans leurs fonctions des soignants ayant refusé le vaccin contre le Covid-19. Au moment où le virus circule toujours fortement, cette réintégration reviendrait à céder à des arguments antiscientifiques et à ébranler la politique de santé publique.

En juin, les Français se sont dotés d’une Assemblée nationale qui reflète beaucoup plus fidèlement qu’auparavant l’état politique réel du pays. On peut se réjouir de cette meilleure représentation, ainsi que du retour en force d’un Parlement désormais arbitre incontournable des choix politiques. Encore faudrait-il que les oppositions exercent leur pouvoir dans un sens constructif et responsable. Tel n’est pas le cas lorsque, en une troublante convergence, des élus de la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (Nupes), des Républicains (LR) et du Rassemblement national (RN) défendent la réintégration des personnels du système de santé et des services d’incendie et de secours qui ont été suspendus, car non vaccinés contre le Covid-19.

L’obligation vaccinale est entrée en vigueur le 15 septembre 2021, avec le soutien presque unanime des professionnels de santé. Elle a été considérée comme relevant de l’évidence, s’agissant de personnels qui, par leurs fonctions, côtoient les personnes les plus exposées au Covid, dont ils sont chargés de préserver la santé. Le fait, pour eux, d’être astreints à des vaccinations spécifiques, comme celle contre l’hépatite B, n’avait d’ailleurs jusque-là guère fait débat. La mise en œuvre de cette obligation nouvelle a suscité de nombreuses tensions. Des soignants ont argué du manque de recul ou d’efficacité, ou de convictions personnelles, pour refuser la vaccination, et des suspensions ont dû être prononcées.

La « ferme opposition » de l’Académie de médecine

Alors que le SARS-CoV-2 continue de circuler fortement et que le vaccin protège contre les formes graves de la maladie, réintégrer celles et ceux qui le refusent reviendrait à céder aux arguments antiscientifiques et à renoncer à un fondement de la politique de santé publique qui fait de la vaccination un réflexe de protection collective et suppose l’exemplarité des soignants. Comment des patients pourraient-ils maintenir leur confiance dans des hôpitaux, des cliniques ou des Ehpad dont certains personnels refuseraient de mettre en œuvre les consensus scientifiques nationaux et internationaux ? « Aucun des arguments ressassés ne permet de valider scientifiquement le refus de se faire vacciner », qui, s’il est « respectable », reste « incompatible avec le métier de soignant », vient d’estimer l’Académie de médecine, réitérant sa « ferme opposition » à la réintégration des non-vaccinés.

Quant aux arguments selon lesquels une telle réintégration permettrait de pallier la grave pénurie de personnels soignants, voire de lutter plus efficacement contre les incendies de forêt, ils ne résistent pas aux chiffres. Comment soutenir qu’on tiendrait là un remède à une crise systémique massive, alors que seuls 600 des 240 000 infirmiers hospitaliers et 75 médecins et pharmaciens à l’hôpital sur 85 000 font défaut ? Alors que, globalement, les 12 000 personnes suspendues ne représentent que 0,53 % des personnels concernés ?

Laisser entendre, comme certains le prétendent à gauche, à droite et à l’extrême droite, que le retour des non-vaccinés réglerait la crise de l’hôpital et servirait la justice et la paix civile relève d’une dangereuse démagogie. Céder à ces arguments nourrirait au contraire la défiance envers le système de santé et la rationalité scientifique et alimenterait les conflits au sein des équipes soignantes. En poursuivant cette croisade néfaste, les oppositions donneraient un piètre avant-goût du rôle qu’elles peuvent jouer au cours d’un quinquennat qui s’annonce si lourd de défis.

Le Monde

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