Six peurs et des raisons d'espérer

Le 18/05/2022 0

Article du 2 juillet 2021

Je ne suis pas épidémiologiste : en revanche, je m’intéresse depuis assez longtemps à la construction des discours et je l’ai fait de manière critique dans les champs qui sont les miens, celui de la didactique des langues et celui de la sociolinguistique. Il me semble que ce que nous vivons aujourd’hui, c’est d’une part une crise sanitaire – épidémie, pandémie - et d’autre part une crise démocratique et que la première a engendré la seconde par le biais d’une crise du système hospitalier.

Le système hospitalier était en crise depuis longtemps, mais la crise sanitaire l’a révélé, le pouvoir n’a pris aucune mesure pour renforcer le système hospitalier et a même continué à le démanteler. Or, c’était essentiellement pour sauver le système hospitalier de la catastrophe que des mesures ayant de très forts effets sur le corps social et sur le système politique ont été prises : les différentes lois d’exception et états d’urgence, les diffèrent couvre-feu, les mesures arbitraires de restrictions d’accès à différents espaces sociaux. C’est ainsi qu’une crise sanitaire est devenue une crise sociale et une crise politique majeure.

En ce début du mois de juillet, la France et les Français sont pris entre une série de peurs dont certaines sont directement liées à l’action des médias et du gouvernement. C’est ce que je voudrais exposer. Il s’agit de six peurs que je vais poser successivement et qui entretiennent dans le pays un climat proprement jamais vu, du moins en dehors des périodes de guerre dans notre pays et je ne parle pas ici de la « guerre » contre le Covid.

Les deux premières peurs sont liées à des réalités sanitaires que chacun interprète différemment en fonction de sa situation personnelle, et je parle ici aussi bien de sa santé objective (âge, maladie), que de son passé citoyen, politique, de son rapport au pouvoir en quelque sorte.

La première de ces peurs, c’est la peur du virus Covid, de sa dangerosité pour soi et pour les autres. Chacun va l’estimer en fonction de son cas personnel, des personnes qu’il connaît et qu’il aime et se faire une idée de cette dangerosité. Il va le faire aussi en s’informant et il apprend à parler d’incidence, de R0, etc.

La deuxième de ces peurs, c’est la peur du vaccin, non pas une peur dans l’absolu pour la plupart des gens, qui ne sont pas en France des anti-vaccins mais une peur relative, face è un vaccin qui fonctionne sur un principe entièrement nouveau et dont personne ne peut s’engager sur les effets à long terme. C’est sans doute du reste pour cela que les constructeurs se sont désengagés de toute responsabilité légale et que les Etats ont fait de même en demandant aux vaccinés d’assumer la responsabilité en cas de problème. Là encore, chacun apprécie en fonction de sa propre situation la nécessité ou non de se vacciner et chacun apprécie pour soi ce que l’on appelle le bénéfice risque. Le bénéfice peut être de se garder en bonne santé, de se garder en vie, d’avoir le souci de moins transmettre le virus à d’autres, ou bien de pouvoir partir en voyage et même peut-être demain de pouvoir aller au restaurant. Le risque peut être beaucoup plus large, des simples effets indésirables à court terme à des effets indésirables non encore décrits, par exemple des maladies auto-immunes qui ne se déclarent pas la plupart du temps de manière rapide. Ces deux peurs sont parfaitement complémentaires, antagonistes ; elle séparent effectivement la population en deux parties : ceux qui ont plus peur du Covid, pour faire vite, et ceux qui ont plus peur du vaccin. Il n’y a là que rien que de très normal, et les deux attitudes sont parfaitement respectables. Il n’y a pas non plus de quoi opposer les uns aux autres, il faut juste comprendre les gens, expliquer. Ecouter surtout. Il y a des rassuristes dans les deux camps : « c’est une grippette ! » « c’est un vaccin absolument sûr ! »

Les trois peurs suivantes sont de nature différente, directement reliées à l’action du gouvernement, qui est engagé dans un plan de vaccination de l’ensemble de la population, voire de la totalité. Le motif avancé est la préservation de la santé publique, et on en restera là car toute autre interprétation conduirait à disqualifier l’auteur de ce qui serait des allégations, rapidement qualifiées de complotistes. Ne nous intéressons donc pas au pourquoi, pour éviter des débats sans fin – mais pas inutiles cependant, car politiques – et restons-en au comment, en observant ces peurs et les discours et les actes qui les créent.

La première de ces peurs est celle d’une « quatrième vague » pour reprendre les termes du gouvernement et des médias. Cette peur n’est de toute évidence pas alimentée par les chiffres réels actuel qui remontent chaque jour des hôpitaux : je vais vous épargner les chiffres, ils sont faciles à retrouver sur le site officiel du gouvernement mais même dans les départements les plus touchés par le variant Delta, l’hospitalisation continue à baisser, la fréquentation des services d’urgence également, et le nombre de morts décroit. J’ai observé depuis la mi-juin, chaque jour, le cas du département des Landes et cela est absolument évident. Il y a un décrochage entre la circulation du virus et le développement des formes graves : soit on va mettre ceci au crédit de la vaccination et c’est bien, cela prouve qu’il est utile de se vacciner, soit on le fera, en étant plus sceptique, au nom d’un variant Delta qui serait finalement moins dangereux que les autres variants. L’essentiel n’est pas dans le pourquoi, l’essentiel est bien ce décrochage qui a été observé en Grande-Bretagne également et qui conduit Boris Johnson à lever la semaine prochaine toutes les mesures sanitaires prises à titre conservatoire. On dispose grâce à la situation anglaise de recul de plus d’un mois qui devrait, au lieu de nous alarmer, nous rassurer sur l’impact du variant Delta sur les systèmes de santé. De quelle vague parle-t-on donc ? En fait, le gouvernement joue sur les mots et alors que précédemment il s’agissait de « vague d’hospitalisation », il s’agit juste maintenant de « vague de circulation ». Même Alain Fisher le monsieur vaccination du gouvernement le reconnaissait ce matin dans un entretien. Ce n’est absolument pas la même chose en termes d’impact social. N’importe, cela suffit : l’urgence absolue est déclarée par le gouvernement et dans tous les médias, le discours de la peur chaque jour prend de l’importance et les populations apeurées demandent qu’on les protège de surcroit. On se sert de cette peur que l’on crée artificiellement pour grossir le rang des personnes qui vont aller à la vaccination avec le vaccin ARN messager. Il y aurait urgence absolue. Et, à peine le variant de Delta débarqué, que les médias nous parlent déjà du variant Epsylon et Lambda. Est-ce bien raisonnable ? Qui peut sérieusement croire qu’avec plus des trois quarts des personnes à risque vaccinées d’ores et déjà on va avoir des vagues d’hospitalisation ? Ou alors ça voudrait dire que la vaccination ne sert à rien ? Nul ne peut espérer cela. Mais soyons sérieux : le virus circule chez les jeunes, chez ceux qui ne font pas de forme grave, et ils vont en fait contribuer de manière très importante à renforcer ce qui est l’objectif affiché du gouvernement, l’immunité collective. S’il y avait une urgence de vaccination obligatoire, elle serait à chercher du côté des personnes à risque, de celles qui ont des comorbidité importantes et qui ne sont pas toujours vaccinés… Pas chez les soignants, pas dans l’ensemble de la population et surtout pas chez les jeunes qui ne développent aucune forme grave et chez qui en revanche les effets indésirables, quand il y en a, sont graves. Mais surtout, la question essentielle est : combien de temps une société peut-elle ainsi vivre dans la peur sans dommages extrêmement graves ?

La deuxième de ces peurs c’est celle du reconfinement. Elle est directement liée aux menaces du gouvernement qui parle chaque jour de devoir peut-être restreindre à nouveau les libertés quotidiennes. Un conseil de défense (!)  vient de se tenir lundi dernier, un autre est annoncé lundi prochain avec un nouveau cortège de mesures que l’on va devoir attendre anxieusement pendant quelques jours. Le pays vient à peine d’être « libéré », les gens ont à peine pu souffler un peu et commencer à se détendre que la menace d’un nouvel enfermement revient, clairement exprimé. Ce jeu qui dure depuis des mois et qui consiste à restreindre, puis relâcher, enfermer, puis libérer est un jeu pervers propre à développer des névroses individuelles et des psychoses collectives. Le gouvernement joue un jeu extrêmement dangereux. C’est celui du ravisseur avec sa victime et on sait que la victime finit par aimer le ravisseur, par adhérer à ses thèses par se considérer elle-même coupable et par mériter son sort. Les régimes totalitaires seuls usent de cette stratégie de contrôle de leurs populations.

La troisième de ses peurs, c’est celle des vaccinés à l’égard des non-vaccinés : chaque jour dans les médias, on commence à entendre des vaccinés prendre la parole et dire qu’ils ne considèreront plus les vaccinés comme leurs égaux, leurs prochains. Certains vaccinés, heureusement pas tous, commencent à considérer ceux qui ne sont pas vaccinés comme des « parias », le terme a été déjà utilisé, littéralement des intouchables, des personnes à écarter du fonctionnement social. Faut-il rappeler que les non vaccinés ne sont pas malades ? Cette peur, artificiellement créée par les médias et entretenue quotidiennement en invoquant des taux délirants de contamination chez les noms vaccinés alors que cela n’a jamais été étudié cliniquement, menace de scinder profondément la société française et on n’est pas à l’abri, vu le climat actuel, de violences physiques qui viendraient s’ajouter à ces violences psychologiques déjà intolérables.

La quatrième de ses peurs, c’est celle des citoyens vis-à-vis de leur gouvernement. Un gouvernement qui n’hésite pas à violer les lois qu’il a lui-même instituées, le dernier exemple en date étant la levée du secret médical qu’il a obtenue de la CNIL pour servir sa stratégie vaccinale. Auparavant, on avait vu le même gouvernement voter des lois d’exception. Savez-vous qu’il a demandé l’avis du comité national d’éthique sur la vaccination des enfants et des adolescents et n’a même pas attendu son avis pour commencer à vacciner ces publics alors que l’avis, rendu quelques jours après, était négatif. Un gouvernement qui menace quotidiennement de nouvelles restrictions et qui envisage de séparer ses citoyens selon qu’ils auront été ou non vaccinés et de les traiter de manière différente. C’est encore une fois du jamais vu dans l’histoire de la République française. Vichy et ses lois ségrégationnistes, faut-il le rappeler, n’était plus la République française.

Personnellement, depuis mon enfance, j’ai toujours considéré que l’État était protecteur, aujourd’hui je m’aperçois avec effroi que l’État est en train de menacer directement une partie de sa population.

Dans ce paysage si sombre, il y a pourtant des raisons d’espérer, des molécules nouvelles ou anciennes font leurs preuves ou sont en passe de faire leurs preuves pour guérir la maladie. Je laisse de côté mais c’est juste pour ne pas alimenter de polémique, hydroxychloroquine et ivermectine… Mais sans cela,  il y a du nouveau : Deux anticorps monoclonaux, le tocilizumbab et le sarilumab sont désormais recommandés par l’Organisation mondiale de la santé pour traiter les cas graves de covid. Pasteur a enfin eu les autorisations (attendues 6 mois – pourquoi ? Un très grand mystère mais c’est le temps qu’il a fallu pour vacciner… à tour de bras) pour tester les effets d’un suppositoire sans effets indésirables et connu depuis 50 ans, qui a été commercialisé en France sous la forme d'un suppositoire (sous le nom Octofene) à partir de la fin des années 1970 jusqu'en 2005, année où il a été retiré du marché français "car jugé d'intérêt médical limité"… Premiers essais, phase I et II très prometteurs, Résultats phase III attendus à la fin de l’été.

Cela montre bien que la stratégie vaccinale ne peut pas être la seule. Tous les médecins disent que on ne peut vaincre une maladie respiratoire avec un vaccin, on peut juste en atténuer les effets. Il va donc falloir bien soigner cette maladie et porter des efforts sur les thérapies possibles. Et même du point de vue vaccinal, car la position anti-vaccin de principe est difficilement défendable, dans les mois qui viennent de nouveaux vaccins vont être mis sur le marché, qui fonctionneront selon des principes différents, qui seront peut-être moins innovants au plan de la thérapie que les ARN messager, mais qui pourront sans doute avec un peu d’explications augmenter le nombre des vaccinés. Tapez sur un moteur de recherche les noms suivants : Novavax, CoVepit, le vaccin Sanofi – des vaccins plus efficaces que Pfizer semble-t-il, et disponibles avant la fin de l’année. Mais il est vrai que le gouvernement crée la panique au cœur de l’été et au creux des vagues d’hospitalisation, on ne pourra jamais attendre jusque-là.

Si on écoute son discours de la peur, qui ne repose ni sur l’exemple anglais, ni sur le cas des Landes… il n’y a aucune autre solution pour éviter la catastrophe que la vaccination obligatoire dès maintenant et avec les vaccins actuels.

La moindre des choses serait de ne pas céder à la panique, car aucun indicateur chiffré n’y autorise, de laisser les personnes qui ont peur du vaccin ARN messager ou qui ne sont pas convaincues invoquer le principe de précaution que l’on a si souvent par le passé opposé à des décisions sociétales et attendre quelques mois seulement l’arrivée de nouvelles solutions thérapeutiques.

Passer en force comme veut le faire le gouvernement, c’est aller vers un conflit majeur dans la société française, dresser les français les uns contre les autres, aller à coup sûr vers la catastrophe citoyenne.

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