L'invasion des profanateurs (de sépulture)

Le 19/05/2022 0

Article du 12 septembre 2021

 

Connaissez-vous ce film de science-fiction, un remake de 1979 d’un film de Don Siegel de 1956 ? Le scénario est tiré du roman L'Invasion des profanateurs de Jack Finney paru en 1955.

J’ai laissé la bizarre extension du titre (« de sépulture »… alors que cela n’a vraiment rien à voir avec le propos du film) parce que tous les soirs aux infos, on a le décompte macabre, complaisant des morts du/avec le Covid. Et c’est bien sur la base de ces litanies quotidiennes que l’on est en train de faire basculer la France et d’autres pays à tradition démocratique dans autre chose.

Au nom de quoi tous les soirs aux infos, nous annonce-t-on les chiffres des morts du Covid ? Est-ce pour nous informer ?  Mais alors, il faudrait vraiment le faire : âge moyen, comorbidités, statut vaccinal, sinon cela n’a aucun sens. Tout ou rien. On désinforme en ne donnant qu’une bribe sans signification plus sûrement qu’en ne disant rien.

Est-ce pour nous sensibiliser à la gravité de la pandémie ? Mais quelle valeur ont ces morts ? Ces 20, 30, 80, 120, 300 quotidiens, au gré des « vagues » ? Il y a chaque jour en France 1600 morts d’autre chose. 157400 morts par an du cancer (437 par jour, un gros gros Airbus comme on aime à écrire), 140000 maladies cardiovasculaires (383 par jour, encore un Airbus bon sang !), 94000 drogues diverses (tabac, alcool, cannabis : 257 par jour encore), obésité 55000 (150 morts par jour), diabète 32000 (82 morts par jour). Compte-t-on les morts de la pollution ? J’arrête là : avec 82, on est à peu près au niveau du nombre de morts actuel de ce qu’on a appelé la quatrième vague. Et encore, ce n’est un secret pour personne que d’écrire que les morts recensés Covid sont pour beaucoup aussi morts d’autre chose, et peut-être même d’abord d’autre chose, rien qu’à voir les catégories ci-dessus qui représentent toutes les comorbidités décrites.

En fait, il faut prendre conscience qu’on utilise les morts du Covid pour nous changer la vie, pour changer nos vies, pour changer notre vie publique. Je ne dis pas que ces morts n’existent pas, je dis qu’elles doivent pour faire sens être replacées dans un contexte faute de quoi elles entrent dans un discours de propagande. On utilise leurs sépultures pour nous faire peur. Voilà, j’en ai fini avec ce détour en forme de clin d’œil à ce titre mal compris d’une adaptation de roman. Et j’y reviens à ce film !

 L’invasion des profanateurs de sépulture  : Ah que voilà un beau film, bien complotiste !

Dans ce film, une espèce de poudre venue des étoiles se pose sur des humains et donne naissance par germination à des doubles des personnes, des sortes de larves qui poussent dans des cosses, chrysalides... L’humain original disparaît, le râleur, le violent, le passionné, l’amoureux, bref, l’être humain quoi. Et à la place un extraterrestre qui nous ressemble en tout, sauf qu’il est neutre, hyper conforme. Peu à peu la contagion gagne : un, deux, dix, de plus en plus. Ils sont arrivés à la faveur d’un événement extérieur et se développent parmi nous pour prendre notre place progressivement, comme une pandémie. Une femme s’inquiète de ne plus reconnaître son mari, sans passion, sans colère, sans émotion. Puis une autre, etc.

Le processus de remplacement se fait quand on s'endort, le relais à une chrysalide se met en place et le nouvel être a exactement la même forme physique la même apparence sauf qu’il est sans aucune passion, sorte de robot apaisé qui participe à la construction d’une nouvelle civilisation où tous les êtres sont reliés entre eux... On suit alors les aventures de quelques personnes qui découvrent le complot et qui font tout pour y résister et pour le dénoncer : elles sont prises dans une fuite, poursuivies par les êtres nouveaux : pour essayer de leur échapper, il faut faire semblant d'être sans sentiment, sans questionnement et d'avancer sans émotion. Les héros se battent comme ils peuvent mais autour d'eux, il y a de plus en plus de gens qui ont rejoint la troupe grossissante de tous ceux qui obéissent et qui sont de plus en plus nombreux à les contrôler par leur simple présence. Contrôle généralisé : de plus en plus dur d'y échapper. Ce sont des amis proches que tout d'un coup ils ne reconnaissent plus vraiment et puis dans le film, il y a plusieurs moments très intéressants quand des amis proches, qui viennent de faire leur mutation, leur disent "Mais il faut pas se battre ! Accepte, tu verras, après tu seras comme nous et tu verras comme c'est bien. On va faire une monde vraiment meilleur ! Sans guerre, et tout cela ! Pourquoi continuer à se battre ? Rejoins-nous, on fait partie d'un grand tout c'est formidable... " Le couple qu'on suit et qui résiste, il doit d’abord résister à l'endormissement, à la douce torpeur à laquelle on a envie de s’abandonner parce que c'est dans l'endormissement que se réalise la mutation... Métaphore évidente.

Ça ne finit pas très bien comme film et pourtant je l’ai toujours bien aimé. Je n’avais jamais eu l’occasion de remarquer à quel point ce film était en phase avec les injonctions au conformisme de nos années 2000, des années pendant lesquelles nous nous prétendons être de plus en plus libres – on peut se marier comme on veut, on peut décider de son sexe, on peut… manifester sans que cela serve à rien  -  et où on l'est en fait de moins en moins chaque jour. A chaque nouvelle loi d’urgence, chaque dispositif antiterroriste, chaque loi d’exception, chaque couvre-feu et chaque nouveau dispositif de recueil de nos données. Le filet de la surveillance et du contrôle se resserre chaque jour de mille petits noeuds, normes, toujours "pour notre bien" et toujours "librement consenties"... En apparence. Et le pouvoir arrive même à nous faire croire que c'est nous qui les voulons (relire Michel Foucault) : avec le Covid, il le fait de deux manières. D’abord par le chantage : c’est cela ou le confinement. Le passe sanitaire, chose extraordinaire, devient une carotte !!! C’est facile, le gouvernement tient la carotte et agite le bâton du confinement, outil qu’il a lui-même instauré et sans précédent dans l’histoire des épidémies (on n’a jamais enfermé les gens sains, il faut le rappeler) : « Vite, la carotte ! » Mais qui ne voit qu’entre la carotte et le bâton, il y a beaucoup d’autres voies possibles ? Ce n’est pas une alternative, un dilemme ! Pas du tout ! Et qui ne voit qu’aujourd’hui, le confinement serait injustifié, absurde, disproportionné ?

Ensuite, en nous faisant peur (le nombre de morts, la menace des vagues à venir, la menace des nouveaux variants, la menace des nouveaux virus) et donc, apeuré, le peuple lui demande protection. « Merci le passe sanitaire qui va nous protéger des irresponsables, des contagieux en puissance, des supercontaminateurs, des asociaux ». Vivement l’entre-soi du troupeau et la fausse sécurité d’un dispositif qui est sanitairement une passoire, mais politiquement un instrument de soumission sans précédent. Ensuite, un petit sondage par tél sur 300 personnes d’un média ami à un institut grassement payé, le relais de toutes les télés et de tous les chroniqueurs et le tour est définitivement joué !

C’est une chose que de savoir que Google nous espionne, qu’on est traçable avec sa visa, etc. et de consentir à livrer ses données de santé, à accepter d`être tracé dans tous les lieux où on va, d’accepter d’être contrôlé toute la journée et d’accepter que par ce dispositif on discrimine des citoyens. C’est une étape de plus, et elle est qualitative, mise en place par l’Etat qui est censé nous protéger, pas juste un petit outil de plus. Dans ces mille petits nœuds qui tissent une toile de plus en plus serrée, le passe sanitaire et l'injonction au nom d'une hypothétique santé, réduite à une seule dimension, virale.

Face à cela, il faut relire d’urgence la définition de la santé pour l’OMS depuis 1946 ; on apprend cela dans toutes les études de médecine : « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ». La santé représente « l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale ».

La santé, ce n’est pas l’absence du Covid. C’est pouvoir faire du sport quand on est un ado ou un adulte, librement, c’est ne pas être soumis au stress d’un dispositif coercitif, c’est pouvoir avoir des relations sociales qui renforcent son estime de soi, c’est parler aux autres sans en avoir peur…

Je reviens à ce film. Aux discours qu’on entend sur le vaccin. Au printemps, à plusieurs reprises j’ai été choqué de voir des gens exhiber leur vie privée avec bonheur. « JE L’AI FAIT !!! … - Euh… Quoi, tu as perdu ton pucelage ? » Cela avait en effet toutes les apparences des discours d’ados boutonneux se racontant leur première fois… « NON, la première dose ! » « Ah, c’est bien pour toi, ça te regarde, c’est ta vie privée, c’est même un peu un secret médical, tu vois ?  Et si on parlait de tes maladies vénériennes tant qu’on y est ? Parce que tu vois, j’aimerais autant savoir quand on est pas loin l’un de l’autre et qu’on mange ensemble si tu as une chaude-pisse ou autre, ça me rassurerait un peu. Si tu pouvais m’en parler avant que je vois si on va faire cette réunion… Sans compter les possibles eczémas – ça se refile pas ces trucs ? et puis les herpès…. et puis tu vois, les dépressifs, ça peut être vachement dangereux, le passage à l’acte est toujours possible alors si tu pouvais me dire où tu en es aussi depuis ton burn out ? Tu prends quoi comme médocs ? Tu as quoi comme traitement exactement ? Tu l’oublies pas des fois ? » Et puis il y a ceux aussi qui disent, comme dans le film :  "Mais c'était rien et puis après on est bien, tu verras, rejoins-nous : y a pas d’effet secondaire".

Mais non c'est pas rien, et puis moi je parle pas des effets secondaires, je parle des effets primaires : les effets politiques, je veux dire. Le prix à payer. A titre personnel, CE vaccin ne me rassure pas, mais je pourrais le faire. Qu’on se vaccine parce qu’on pense qu’on en a besoin, que c’est bien pour soi, je comprends. C’est bien. Ce que je refuse de faire, à titre personnel, c’est d’alimenter la machine politique qui se met en place en lui offrant mon renoncement à tout ce à quoi je crois : le prix à payer, effet primaire, est trop cher à mes yeux. Pour Donald Sutherland, dans le film, le prix, c'est le fait de devoir renoncer à être un être vivant c'est-à-dire un être désirant, passionné souffrant oui, imparfait oui, mais vivant... Pour moi, le prix est d’abord politique et mon positionnement se fait au nom de principes politiques qui me font manifester aux côtés de gens qu’on peut juger peu fréquentables sur d’autres causes mais si nous nous retrouvons sur cet essentiel, je pense que faire la fine bouche est une logique « puritaine » qui conduit in fine à ne pouvoir être d’accord qu’avec soi-même  !

Bon, ce film n'est qu’une métaphore bien entendu de ce que nous vivons, comparaison n’est pas raison... Un vrai bon film de complotiste en tout cas !

Tout ceci me renvoie à la fin du roman d’Orwell, 1984. Je me demande pourquoi je résiste parfois. Petite chèvre de Monsieur Seguin. Couche-toi, Bruno… tu sais que l’aube est loin. C’est pas si sûr. Y a des thérapies, d’autres vaccins et puis y a surtout le Covid qui se normalise, on a baptisé 4e vague un truc qui est pas arrivé à la moitié des précédentes. Alors, je résiste. En Suisse, je vais être face à un sacré dilemme. Le 23, l’accès aux cours à l’Université devra passer par le Certificat Covid : vaccin ou test. On y est. On est pas encore sûr que les profs soient aussi concernés, mais je risque fort de devoir opter à titre personnel et de confronter mes grands principes à ma réalité. C’est un chantage dégueulasse, y a pas d’autre mot. Choisir entre risquer de perdre son boulot (ou devoir faire cours à distance avec la réprobation sociale qui pèserait sur moi et que je ne mérite pas) et… alimenter une machine politique que rien ne justifie au plan sanitaire en Suisse, et devoir passer outre mes doutes sur CE vaccin qu’aucun discours rassuriste ne pourra lever car personne ne rentre d’un voyage dans le temps depuis 2031, en devant me vacciner sans mon consentement libre et éclairé.

C’est si simple de consentir… « Soumets-toi et tu es libre ! » Enfin, oui si on accepte la vie sous passe sanitaire, et sous masque en plus, et sous gestes barrières comme étant le nouveau visage durable de la liberté, parce que cela va être le tout si certains en doutent encore.  On passe de L’Invasion des profanateurs de sépultures à 1984. Orwell, toujours. La Boétie aussi mais c’est moins romanesque.

 War

A la fin du roman, Winston semble avoir abdiqué son combat personnel contre Big Brother. Je dis semble parce que ce n’est pas si sûr, mais ceci nous renverrait à une explication de texte dont je vous fais grâce, les quelques lignes avant ce petit passage que je copie.

Le héros a cessé de se battre, il est conforme, il est heureux.

Il regarda l’énorme face. Il lui avait fallu quarante ans pour savoir quelle sorte de sourire se cachait sous la moustache noire. Ô cruelle, inutile incompréhension ! Obstiné ! Volontairement exilé de la poitrine aimante ! Deux larmes empestées de gin lui coulèrent de chaque côté du nez. Mais il allait bien, tout allait bien.

LA LUTTE ÉTAIT TERMINÉE.

IL AVAIT REMPORTÉ LA VICTOIRE SUR LUI-MÊME.

IL AIMAIT BIG BROTHER.

C’est tentant d’abdiquer. De s’endormir.

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