Service national militaire : l'annonce verticale de Macron ou la dérive autoritaire

Le 29/11/2025 0

Article du 29 novembre 2025

Ce jeudi 27 novembre 2025, Emmanuel Macron a profité de sa visite à la 27e Brigade d'infanterie de montagne à Varces, en Isère, pour annoncer la création d'un service national militaire volontaire. Une décision majeure, qui engage l'avenir de milliers de jeunes Français et mobilisera des milliards d'euros, prise sans aucun débat démocratique préalable. Cette annonce illustre une fois de plus le style jupitérien d'un président qui préfère imposer plutôt que convaincre, et qui gouverne par la Peur plutôt que par l'espoir.

 

Le mépris de la représentation nationale

Depuis Valmy, l'armée française n'est pas l'armée du roi, mais l'armée de la Nation. Ce principe fondateur de notre République implique que toute décision majeure concernant la défense nationale soit débattue démocratiquement. Or, Emmanuel Macron a choisi de court-circuiter le Parlement en annonçant unilatéralement cette mesure d'envergure.

Certes, le président est chef des armées, mais ce titre ne lui confère pas le droit de décider seul de l'engagement des futures générations dans un dispositif militaire. Une telle réforme aurait dû faire l'objet d'une large consultation : débats parlementaires approfondis, concertation avec les partis politiques, les organisations de jeunesse. Rien de tout cela. Macron a préféré le fait accompli, annonçant que le Premier ministre Sébastien Lecornu saisira « prochainement » le Parlement — c'est-à-dire après que la décision soit déjà médiatiquement actée.

Faut-il rappeler que Macron ne dispose d’aucun mandat du peuple pour cette orientation ? Faut-il rappeler qu’il n’a été déjà élu deux fois président qu’au bénéfice d’un front anti-Rassemblement national, recueillant un grand nombre de voix de gauche pour faire ensuite une politique qui va à l’encontre des intérêts du plus grand nombre ? Faut-il rappeler que son parti a été battu à plate couture aux deux dernières élections nationales et qu’il n’a réussi à sauver une minorité à l’Assemble nationale que par le renouvellement d’un « front républicain » (comprendre anti-RN encore une fois) dont ont aussi bénéficié les partis de droite (Les Républicains en tête) ? Faut-il rappeler que deux ans après, il a tacitement changé d’alliance, et les Républicains avec lui ? Par la magie d’un procès hallucinant en antisémitisme orchestré par les médias, la force incompatible avec la démocratie n’est plus le RN mais LFI, seule possibilité d’alternative à gauche (qui, hélas, s’y entend assez bien pour se savonner toute la seule la planche, et dire connerie sur connerie sur le terrain sociétal quand elle est attendue sur le social).

Aux prochaines élections, la droite macroniste, la droite Retailleau et la droite Bardella-Le Pen feront alliance sans vergogne car il faudra sauver la patrie de l’islamisme et de l’antisémitisme de gauche. L’Histoire électorale est déjà écrite et nous ramène longtemps en arrière. On ne pourra pas se demander comment on en est arrivés là. Mais je m’écarte un peu de mon propos du jour et j’y reviens !

C’est sur le fond de ces circonstances électorales que Macron continue à ruiner le peu de démocratie qui reste dans ce pays en persistant à nommer des chefs de gouvernement issu du camp minoritaire. Et à mettre en œuvre des politiques sur lesquelles le peuple n’est pas consulté.

Cette méthode autoritaire bafoue les principes démocratiques les plus élémentaires. Le Parlement est réduit à une chambre d'enregistrement qui devra avaliser a posteriori les décisions présidentielles. Le pacte armée-nation que Macron prétend renforcer devrait commencer pourtant par le respect de la souveraineté parlementaire.

Une impréparation totale des armées

Au-delà de la méthode, le fond aussi pose gravement question. Comment les armées françaises peuvent-elles accueillir et former des milliers de conscrits alors qu'elles ont liquidé leur patrimoine immobilier et leur savoir-faire en matière de formation de masse depuis la fin du service militaire en 1997 ?

Pendant près de trente ans, les casernes ont été vendues, les infrastructures démantelées, les cadres formateurs dispersés. La professionnalisation de l'armée a été pensée précisément pour abandonner ce modèle de conscription. Et voilà que Macron annonce vouloir accueillir 3 000 jeunes dès l'été 2026, puis 10 000 en 2030, et 50 000 en 2035, sans que rien ne soit prêt !

Où seront hébergés ces jeunes ? Qui les formera ? Avec quel équipement ? Les militaires professionnels, déjà surchargés par les opérations extérieures et intérieures (notamment Sentinelle), devront-ils en plus endosser le rôle de moniteurs pour des conscrits ? L'annonce présidentielle ressemble à un château de cartes qui s'effondrera au premier contact avec la réalité budgétaire et opérationnelle.

Les deux milliards d'euros promis pour financer la montée en puissance du dispositif devront être trouvés dans l'actualisation de la loi de programmation militaire — c'est-à-dire qu'il faudra prendre cet argent ailleurs, au détriment d'autres priorités militaires ou budgétaires. Une fois de plus, l'improvisation règne.

À quoi sert vraiment ce service national ?

La question essentielle reste : quel est le véritable objectif de cette mesure ? Officiellement, il s'agit de « renforcer le pacte armée-nation » et de répondre à l'« envie d'engagement » de la jeunesse. Mais derrière cette rhétorique grandiloquente se cachent des motivations bien plus prosaïques et inquiétantes.

Soulager l'opération Sentinelle

À court terme, ce service national permettra de décharger les troupes professionnelles de missions ingrates et répétitives comme l'opération Sentinelle, qui mobilise des milliers de soldats dans des tâches de surveillance statique sur le territoire. Les conscrits pourront ainsi remplacer les professionnels pour des missions de sécurité intérieure, libérant ces derniers pour des opérations plus exigeantes.

Construire une stature de « chef de guerre »

À plus long terme, cette annonce s'inscrit dans la stratégie de communication de Macron, qui depuis le début de son mandat cherche à se construire une image de chef de guerre. Souvenons-nous de son « Nous sommes en guerre » lors de la pandémie de Covid-19, de son appel au « réarmement démographique », de ses références incessantes aux menaces extérieures.

Dans son discours de Varces, Macron a d'ailleurs déclaré : « Un modèle hybride d'armée va apparaître qui correspond aux menaces devant nous ». Ce vocabulaire n'est pas anodin. La ministre Catherine Vautrin avait elle aussi évoqué un « dispositif militaire hybride » — un concept flou qui fait écho à l'expression « guerre hybride », sans que personne ne sache vraiment ce que cela signifie concrètement.

Gouverner par la Peur

Car c'est bien là le cœur du problème : Macron gouverne par la Peur. Il agite en permanence la menace russe, les « guerres hybrides », « l'accélération des périls ». Il déclare que « dans ce monde incertain où la force prime sur le droit et où la guerre se conjugue au présent, notre nation n'a le droit ni à la panique, ni à la division ». Tout est fait pour maintenir la population dans un climat d'anxiété qui justifie les sacrifices à venir et interdit toute critique du pouvoir.

Cette stratégie de la tension n'est pas nouvelle. Macron l'avait déjà utilisée pendant la crise du Covid-19, transformant une urgence sanitaire en guerre totale, avec son cortège de restrictions des libertés et de mesures d'exception. Aujourd'hui, c'est la « menace russe » qui joue le même rôle : un ennemi extérieur menaçant qui légitime l'autoritarisme intérieur.

Le plus inquiétant dans cette annonce reste la dimension de manipulation. En prétendant répondre à une « soif d'engagement » de la jeunesse, Macron instrumentalise les aspirations légitimes des jeunes à donner du sens à leur vie. Mais cet engagement est canalisé uniquement vers l'institution militaire, dans un cadre vertical et hiérarchique, au détriment d'autres formes d'engagement citoyen, associatif, écologique ou social.

Cette militarisation rampante de la jeunesse s'inscrit dans une vision autoritaire de la société, où l'ordre et la discipline priment sur l'esprit critique et la liberté. Le service national devient un outil de domesticationplutôt qu'un véritable levier d'émancipation.

« Et on continue, encore et encore, c'est que le début, d'accord, d’accord... »

Pour paraphraser Francis Cabrel, on peut dire que c'est seulement le début. Cette annonce du service national s'inscrit dans une dérive autoritaire plus large : suppression des libertés publiques au nom de l'urgence, criminalisation de la contestation sociale, verticalité du pouvoir, mépris du Parlement.

Le service national volontaire est présenté aujourd'hui comme un dispositif limité et progressif. Mais Macron a lui-même prévu une clause de bascule : en cas de crise, le Parlement pourrait autoriser à faire appel « à ceux dont les compétences auront été repérées » et alors « le service national deviendra obligatoire ». La porte est donc ouverte à une conscription généralisée, sans que le débat démocratique ait jamais eu lieu en amont.

Conclusion : refuser la fatalité de la Peur

Face à cette dérive, il est urgent de refuser la fatalité. Refuser le discours de la Peur qui sert à justifier l'autoritarisme. Refuser l'improvisation qui transforme nos institutions en théâtre de communication présidentielle. Refuser la militarisation de la jeunesse au détriment d'un engagement citoyen émancipateur.

La France mérite mieux qu'un président qui gouverne par décrets et annonces médiatiques. Elle mérite un vrai débat démocratique sur l'avenir de sa défense, sur le rôle de son armée, sur la place de sa jeunesse. Car depuis Valmy, l'armée est celle de la Nation — pas celle d'un seul homme.

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