Le doigt, la lune et le thermomètre : pourquoi j'écris ?

Le 07/07/2026 2

Article du 7 juillet 2026

Après plusieurs années de partage, je prends le temps d’un retour sur mon positionnement critique : ni anti-vax, ni climato-sceptique ni je ne sais quelle étiquette commode.

 

Retour sur la démarche d’un citoyen qui est plus attentif au doigt qui montre - et à pourquoi il montre - plutôt qu'à la lune à propos de laquelle le doigt essaie de nous effrayer.

Écrire qu'il ne faut pas avoir peur, entre deux épisodes à 40 degrés dans certains coins de France, pourra sembler un peu gonflé ! Au contraire, je pense le moment bien choisi pour expliciter encore mon positionnement.

1. Le tournoi d'Évian et « on » décide à ma place de ce qui est bon pour moi

Dimanche matin 28 juin. Les finales du tournoi de tennis interne d'Évian devaient se jouer. Je devais en être, en catégorie plus de 55 ans mais je n’avais pas de nouvelles depuis ma demi-finale de dimanche 21. En fait, elles ont été annulées par mail le vendredi 26 au soir. Motif « les conditions de température » : je suis allé aussitôt sur Météo France Evian, qui annonçait entre 24 et 32 degrés pour la journée, avec une pointe à 34 vers 14 heures.

Temperature

En conséquence de cette annonce, pas de match, et pas non plus de repas qui suit, sous les parasols, pas de moment de convivialité ! Moi j’étais prêt à jouer, comme un tennisman qui joue depuis 40 ans par à peu près toutes les températures, avec un gant à la main gauche à moins deux en hiver et trois litres d’eau à 35 et plus en été. Ce dimanche matin, j’ai pu vérifier les prévisions de vendredi soir, de quand j’ai reçu l’annonce.

Prenons le temps de réfléchir à la séquence. Pendant trois semaines, le tournoi s'était joué (avec une pause dû au G7 : accès au club interdit). Il a fait très très chaud pendant tous ces jours (c’était la grosse chaleur mais pas la canicule au sens météo du terme) et les joueurs jouaient, quelques spectateurs amis ou promeneurs de chiens regardaient et personne ne s'effondrait. Mais ce dimanche-là, « on » annule parce qu'il risque de faire 34 degrés au moment du café, alors que les finales étaient programmées à 10 heures (28 degrés) et qu'on aurait parfaitement pu commencer à 26 degrés à 9 heures du matin. Aucune anormalité fin juin en France pour des températures de cet ordre.

Que me dit, que nous dit cette décision, qui n'aurait jamais été prise il y a deux ou trois ans et qui est pour moi, à la pratique que j’ai du tennis amateur en compétition depuis 40 ans et dans le sud de la France, une première ? Elle me dit quelque chose d'essentiel, que je partage avec vous. Non pas sur le climat, mais sur nous, sur notre société, sur ce qu’elle devient peu à peu, à coup d’annulations de ce type. Elle me dit que le président du club (ou qui que ce soit dans la chaîne de décision, le bureau, le juge-arbitre du tournoi) a intégré la pastorale de la peur qui s’orchestre autour de lui depuis des jours, des mois, des années. Celle qui nous dit l’été arrive, tremblez, braves gens. Le président du club (ou qui que ce soit d’autre qui a décidé) a regardé les prévisions météo avec les yeux que les médias lui ont appris à avoir : des yeux d'alerte, de vigilance, d'anticipation du pire, du fameux principe de précaution. Il a vu 32 et, normalement, il aurait dû se dire « il fera chaud mais 32 ce n’est pas 45… ». Mais il ne s’est pas dit cela, il a fait ce que toute la communication publique lui demande de faire depuis des années : se couvrir. Et dans ce geste de précaution, il a décidé à ma place que je n'étais pas capable de jouer au tennis un dimanche matin entre 24 et 28 degrés. Et les autres joueurs et joueuses non plus, les seniors, les doubles, ceux qui avaient fait les tours précédents pendant la semaine, sans encombre.

Des moments bien plus chauds que celui-ci j’en ai vécu plein dans ma carrière de tennis amateur.  Souvenir d’une autre finale, jouée elle un 10 juillet à St Gély du Fesc, près de Montpellier entre 10h et midi, c’était en 2019, c’était déjà en + de 55 ans et il faisait entre 35 et 40 degrés, et j’avais même joué la demi-finale la veille à 17 heures sur des cours en ciment bien chaud et personne n’avait jamais évoqué d’arrêter quoi que ce soit. Je trouvais bien que c’était exagéré de faire jouer à des + de 55 deux matches aussi rapprochés avec cette chaleur. Mais c’est comme ça. C’était comme ça. Personne ne mourait et chacun, avec son certificat médical d’aptitude au tennis en compétition, était responsable de dire : « non désolé, j’ai trop joué hier soir, il faisait trop chaud, je me retire. » Je connaissais des gens qui me disaient « Non, moi je joue les tournois de printempts mais en plein été non. Baste, trop chaud ». Respect ! Je me demande si ce  tournoi sans peur, de 2019, était l’un de ces derniers moments tranquilles du monde d’avant. D’avant la pastorale de la Peur ?

Ce n'est pas un drame, une finale qui ne se joue pas, cela reste des matches sans enjeu autre que le plaisir. Et, en soi, un tournoi qui ne va pas au bout, ce n'est pas grand-chose. Mais pour moi, c'est un symptôme. Et les symptômes, il faut savoir les lire.

Car dimanche 21 juin 2026, jour de la Fête de la musique, quelques jours avant, je jour où je jouais ma demi-finale, des dizaines de communes françaises ont pris des décisions du même ordre. Brive-la-Gaillarde a annulé ses festivités (concerts, scène ouverte, karaoké prévus à 17 heures) parce que les températures en Corrèze pourraient atteindre 34 à 37 degrés. Nanterre, Le Teich, Claye-Souilly ont suivi. Bordeaux a interdit toute manifestation en extérieur entre 12h et 19h. À Angers, le maire a supprimé les événements prévus sur les places trop minérales. À Paris, le préfet de police avait déjà fait annuler dix événements sportifs en extérieur le week-end précédent.

La Fête de la musique, la fête estivale par excellence, celle qui depuis 1982 célèbre le solstice d'été dans la chaleur et le bruit des rues, est désormais soumise à des protocoles canicule. La ministre de la Culture a parlé de gérer les choses « au cas par cas ». La ministre de la Santé a alerté sur le « cumul alcool, chaleur et proximité de l'eau ». Franchement, la plupart des événements ont lieu le soir, à la tombée de la nuit et même de nuit, quand le thermomètre retombe à 30 et en dessous et, armé de diverses boissons, qui risque quoi que ce soit ? et que celui qui se sent éprouvé par la touffeur du jour décide de s’abstenir, cela me va parfaitement, ça le regarde en fonction de son état de santé. Mais annuler des manifestations festives estivales parce qu’il fait… chaud ou très chaud ? Si l'on pousse la logique jusqu'au bout : faudra-t-il bientôt annuler l'été ?

2. Ce que je dis et ce que je ne dis pas 

 

Mettons les choses au clair, parce que le procès en climato-scepticisme est vite instruit. Ma position n'est pas plus climato-sceptique qu'elle ne fut antivaccin pendant le Covid. Dans les deux cas, j'ai reconnu la réalité des faits : il y a eu un virus, nouveau, contagieux, qui a tué certaines personnes qui étaient très fragilisées et dans certaines conditions (instruction administration massive de Rivotril dans les EHPAD notamment, ne pas l’oublier). Et oui, aujourd’hui, il fait plus chaud, de façon mesurable, en Europe et en France, qu'il y a dix ou vingt ans. Et pour celles et ceux qui vivent dans des appartements mal isolés, c’est très difficile à vivre. Ces constats, je ne les remets pas en question.

Ce que je remets en cause, c'est la mise en discours qui est faite de ces réalités. La façon dont on les présente, les nomme, les amplifie, les met en scène, et surtout ce qu'elles produisent dans l'esprit du Peuple, de celui qui devrait rester Souverain mais qui, sous le coup de la peur, est prêt à troquer sa liberté contre une promesse de sécurité.

Ma position, je ne pense pas qu’elle soit celle d’un irresponsable - je me mets à l’ombre dès que je peux et je ne joue au tennis que quand je sais que je peux le faire, c'est une position de citoyen, et même de citoyen-lecteur d'un type précis de textes: ceux qui émanent du Pouvoir, ceux qui parlent de ce qu’est le Pouvoir. Quand on me montre un danger, moi c'est plutôt le doigt qui montre que je regarde. Et ce doigt, depuis plusieurs années, ne cesse de pointer vers l'horizon de la catastrophe plutôt que d’une gestion « normale » d’événements certes exceptionnels mais à relativiser.

Un exemple ? Quand les médias titrent que les urgences à Paris et ailleurs sont saturées, au bord de l’explosion à cause des appels dus à la chaleur de ces derniers jours, ce que je vois d’abord moi, c’est un signe supplémentaire de la mauvaise santé… du système hospitalier dans son ensemble, et je vois cela avant de voir que la chaleur rend malade quelques individus. Un système hospitalier qui est mis en crise sciemment depuis une grosse quinzaine d’années. Bien avant le Covid et les annulations de tournoi de tennis.

3. Le Pouvoir n'est pas là-haut : il est partout, et en chacun de nous

C'est pour comprendre ce qui se joue que Michel Foucault, philosophe, devient indispensable. Non pas comme référence d'autorité, ce serait lui faire peu d'honneur, mais parce que ses analyses des mécanismes du Pouvoir me semblent éclairer précisément ce que nous vivons. Foucault a passé une grande partie de son œuvre à déconstruire une illusion courante : celle du Pouvoir qui serait en fait une instance extérieure, surplombante, séparable de nous. Le Roi, l'État, le Gouvernement : des entités distinctes qui exerceraient leur force sur des sujets passifs. Cette image est trop simple, dit Foucault. Le Pouvoir ne fonctionne pas comme ça.

« Le pouvoir n'est pas quelque chose qui s'acquiert, s'arrache ou se partage, quelque chose qu'on garde ou qu'on laisse échapper ; le pouvoir s'exerce à partir de points innombrables, et dans le jeu de relations inégalitaires et mobiles. » — Michel Foucault, La Volonté de savoir, 1976

Ce que Foucault appelle la gouvernementalité (notion qu'il développe dans ses cours au Collège de France entre 1977 et 1979), c'est précisément cette façon qu'a le Pouvoir de gouverner les conduites non par la contrainte directe mais par la structuration du champ des possibles. On ne vous force pas à vous comporter d'une certaine façon : on organise l'environnement discursif, informationnel, émotionnel de telle sorte que vous vous comportez vous-même de la façon souhaitée. La liberté est maintenue en apparence. La conduite est orientée en profondeur.

L'outil principal de cette gouvernementalité contemporaine, c'est la gestion des risques. Foucault avait analysé comment la médecine, la psychiatrie, la criminologie avaient progressivement constitué des populations entières en sujets à risque : des individus dont les comportements devaient être surveillés, normés, corrigés au nom de leur propre sécurité et de celle de la collectivité. Ce régime, qu'il appelle biopolitique, ne gouverne plus seulement les individus un par un mais il gouverne les populations comme des corps collectifs dont il faut optimiser la santé, la sécurité, la productivité.

Actuellement, le discours climatique actuel est un exemple presque parfait de biopolitique au sens foucaldien. Il constitue chaque individu en sujet-risque : responsable du réchauffement par son comportement (il va en avion en vacances et Jean-Marc Jancovici propose que cela s’arrête bientôt…, il mange de la viande, il roule à l'essence), coupable s'il ne corrige pas, justiciable de mesures de restriction qui touchent sa vie privée la plus intime. Et en même temps il produit une demande de protection (vers l'État, vers les institutions, vers les experts) qui renforce précisément les instances qui ont intérêt à être indispensables. Et c’est un discours qui embraye directement sur des mesures politiques : des passes pour circuler dans des voitures dites non polluantes (les vignettes Crit’Air), des obligations de rénover des logements, etc.

Mais voici ce qui est le plus vertigineux dans l'analyse foucaldienne : ce Pouvoir n'a pas besoin d'un centre. Il n'y a pas de grand stratège qui, du haut d'une tour, orchestrerait la pastorale de la Peur. Pas de complotisme de ma part, donc ! Le Pouvoir, ce n’est pas un club de gens plus ou moins occultes qui nous manipulent, non ! Le Pouvoir, c'est le président du club de tennis qui annule le tournoi. C'est la commune de Brive qui supprime la Fête de la musique. C'est le journal qui ouvre son Direct canicule et qui nous minaient dans un flot continu de nouvelles catastrophiques/istes, des « Urgent : 35 degrés à Mons en Baroeuil », « Une noyade dans le lac de Paladru », « Un train sans climatisation : les passagers à 40 degrés pendant trois heures ». C'est aussi vous et moi, chaque fois que nous répercutons une alerte météo avec les mots appris dans les bulletins officiels. Chacun de nous est un relais, un nœud dans ce réseau diffus de micro-pouvoirs qui orientent les conduites sans que personne n'en soit pleinement responsable.

A-t-il vraiment peur, le président du club qui annule ? A-t-il peur pour lui-même, ou est-il l'écho fidèle d'une peur apprise, intégrée, normalisée ? La question n'a peut-être pas de réponse tranchée. C'est précisément le signe que la gouvernementalité fonctionne : quand le gouverné se gouverne lui-même selon les normes du gouvernant, sans même en avoir conscience, sans même qu'on le lui demande explicitement.

4. Sécurité contre Liberté : la tension qui ne se résout jamais

Dans le cas du Covid comme dans celui du climat, ce qu’il me semble voir, c’est qu’on observe la même structure : la responsabilité de la crise est renvoyée in fine sur l'individu et sur son comportement privé. C’était « il ne se vaccine pas », maintenant c’est « il continue à rouler à l'essence, il part en vacances en avion, il mange de la viande ». La responsabilisation va de pair avec la culpabilisation.

C'était à cause du comportement de chacun que le virus continuait prétendument à se propager, et qu'il fallait confiner (mesure dont les effets désastreux sur la santé mentale, l'économie, l'éducation sont désormais documentés, et dont on a fait une idée acceptée par répétition de sa nécessité avant même d'en avoir évalué les conséquences). C'est maintenant à cause du comportement de chacun que la planète se réchauffe et que chacun doit faire amende honorable : moins voyager, moins manger, moins consommer, se soumettre à un bilan carbone, accepter des restrictions qui, il y a quinze ans, auraient semblé inimaginables dans une démocratie libérale.

L'individu devient coupable s'il ne fait pas ce qu'il faut. Et ses comportements sont évalués au niveau sociétal, ce qui ouvre la voie à des sanctions sociales : plus de droit à voyager, à travailler dans certaines conditions, à participer à des événements collectifs. Pendant le Covid, c'était le pass sanitaire. Dans la logique climatique en cours d'installation, ce seront d'autres dispositifs.

C'est toujours la même tension, vieille comme la politique : Sécurité contre Liberté. Et cette tension a une caractéristique connue : elle ne se résout jamais en faveur de la liberté. Chaque fois que le peuple réclame de la sécurité, il abdique un peu de sa souveraineté. Chaque réunion interministérielle pour une vague de chaleur de quatre jours, chaque concert annulé par précaution, chaque application mobile qui vous géolocalise pour vous envoyer une alerte orange — tout cela est infime pris séparément. Tout cela construit quelque chose pris ensemble.

Alors non, ce n'est pas grave en soi, un tournoi de tennis annulé. Mais c'est un début. Et les débuts, dans l'histoire des régimes coercitifs, ont toujours l'air de ne rien dire.

 

5. Ce que cela dit de moi

Je dois être honnête sur ce que mon propre positionnement révèle, y compris ce qu'il a de paradoxal.

Au fond, il est assez égoïste aussi, d’une certaine manière : j’ai envie de profiter de cette période de confort matériel et de liberté relative que les luttes sociales et politiques ont gagnées en Europe au cours du 20e siècle, parenthèse relativement heureuse dans un monde où la souffrance au travail a pour beaucoup reculé un temps, où la misère économique n’a plus été le lot du plus grand nombre -  (il faut relire Hugo et Zola, toujours ; il faut lire le reportage, au cours de l’été 1902, de Jack London, cherchant à voir de ses propres yeux le sort des pauvres dans l'East End à Londres, le quartier le plus misérable de la capitale britannique) ; une période pendant laquelle les libertés individuelles ont accompagné le progrès social. On prend goût à une certaine liberté qui finit certes là où commence celle des autres. Et je n’ai pas envie que l’on se mette à brandir sous mon nez les épouvantails modernes de … la canicule au nom de laquelle on pourrait me demander demain de ne plus me déplacer à ma guise, de manger autrement, d’arrêter de jouer au tennis ou de faire la fête. D’autant que les premières mesures qui sont prises ces temps s’accompagnent d’un moralisme dont je n’aime pas les relents : interdiction de consommer de l’alcool ; encore une fois, « on » décide à ma place ! On avait déjà vu cette prohibition pendant le Covid… On reprend le même chemin, on devient vite coercitif. Et comment résister puisque c’est pour le Bien commun ?

Mon geste critique consiste donc à regarder le doigt avant de regarder la lune. Quand on me montre un danger, je cherche à comprendre qui le montre, comment il est mis en scène, quels intérêts servent sa mise en avant, à quoi cette spectacularisation sert et à quoi elle pourrait servir. Ce n'est pas du déni, c'est de l'attention aux conditions de production du discours. C'est, au fond, une posture de lecteur méfiant, formé à repérer les rhétoriques de la peur et les techniques de gouvernement des consciences. Il y a eu un précédent en 2021-2022.

Mon discours, au fond, veut rassurer : distinguons la réalité (oui, il fait plus chaud) et la mise en scène anxiogène de cette réalité. Il vise à restituer aux gens leur capacité de jugement, leur autonomie face aux discours d'autorité. Il dit : vivez, ne laissez pas la météo devenir une raison de ne plus aller au concert, de ne plus jouer au tennis, de ne plus faire la fête en plein solstice d'été. Alors, au quotidien, qu’est-ce que je fais avec mes amis ? Je relativise et je contextualise quand je parle avec des gens que j’aime bien et qui me semblent prendre ces discours anxiogènes « en pleine pé » comme on dit dans les Tontons flingueurs ! Cela ne m’aide pas vraiment à me faire apprécier, je pense, parce que je ne bouscule pas que des discours tenus par d’autres, je viens questionner leurs propres représentations. Alors, comme ce n’est pas facile de contextualiser et déconstruire en petits dialogues à la cafét ou au bord d’un terrain de pétanque, j’écris ici, en plus long, plus détaillé, sourcé et avec d’autres références (Michel Foucault par exemple) que … moi-même ! Et la plupart du temps, je ne dis trop rien aux gens que j’aime ! Je leur glisse mon blog à la faveur d’une conversation et à eux de voir. Ma pensée y est plus construite, mon discours moins intrusif  - ils peuvent le lire quand ils veulent ou pas - et ça leur laisse du temps de réflexion.

Mais je ne me fais pas d'illusions sur ce que mon propre discours peut produire. En dénonçant ce que j’appelle la Pastorale de la Peur, j'active une autre peur parce que je montre un monde de moins en moins démocratique, de plus en plus passionné de contrôle, où les libertés reculent par petites touches insensibles. C'est un monde qui est assez gris, assez inquiétant. Il y a une ironie cruelle à vouloir rassurer les gens sur la chaleur en leur montrant pourquoi la mécanique du Pouvoir est bien plus inquiétante que le thermomètre.

Je risque d'apparaître comme un oiseau de mauvais augure. Le raisonnable qui veut faire baisser la fièvre discursive sur le climat et qui, pour y parvenir, donne à voir un tableau politique sombre. Je ne suis pas sûr de m'en sortir sans contradiction.

Conclusion : Vivre, quand même

Il y a une chose dont je suis certain : la Peur ne gouverne bien que ceux qui ont accepté d'avoir peur. Le reste est résistance, pas forcément héroïque, souvent minuscule, parfois simplement celle d'aller jouer au tennis un dimanche matin à 24 degrés en ignorant la vigilance orange.

Pour moi, la question politique réelle n'est pas : fait-il trop chaud pour la Fête de la musique ? La question est : qui est ce « on » qui décide à ma place que c'est trop chaud, sur la base de quels critères, avec quelle légitimité, et au nom de quelle vision de ce que je suis capable de supporter ? Ces questions-là ne trouvent jamais de réponse dans les bulletins météo mais elles en trouvent une chez Foucault. Elles en trouvent une dans l'histoire des démocraties qui se sont laissé glisser, par confort et par peur, vers des régimes qui décidaient toujours plus à la place du peuple : pour son bien.

Mon message de fond n'est pas sombre. Il est presque optimiste, sur le mode entêté : « Vivons. N'ayons pas peur de vivre ! ». Le principe de précaution, c’est celui qui empêche le voisin d’Amélie Poulain de sortir de chez lui. Et faisons des pieds de nez aux discours de la peur. Retrouvons la capacité, politique autant que personnelle, de distinguer le réel et sa mise en scène, le danger et son amplification, l'information et la manipulation.

Mais je maintiens l'autre tension sans la résoudre : ce monde où il faut défendre son droit à jouer au tennis sous de 24 à 30 degrés n'est pas, en soi, très rassurant. Que la mécanique du contrôle ait à ce point intégré nos esprits, au point que nous annulons nous-mêmes nos propres fêtes avant même qu'on nous le demande, c'est le signe d'une gouvernementalité qui a parfaitement réussi. Et ça, c'est une raison d'inquiétude qui ne doit rien à Météo-France.

Commentaires

  • JOSEPH

    1 JOSEPH Le 08/07/2026

    Pourquoi tu écris Bruno Maurer ? C'est une thérapie n'est-ce pas ? Et tu t'auto soignes avec un talent remarquable. Tu dénonces mais tu bémolises ton discours comme si toi aussi tu avais peur de pousser davantage ton raisonnement. Or, la bascule a eu lieu avec la plandémie du Covid et de son coronavirus - qui n'est pas un nouveau virus - les coronavirus sont connus depuis fort longtemps mais pas un coronavirus gain de fonction avec des inserts du sida et du palu ainsi que l'a parfaitement exprimé le Pr Luc Montagnier. Coronavirus qui s'est échappé ? Un petit malin ce Coco là. Et si je conclue ce qu'un esprit révolté tel que le mien doit conclure c'est que cette "pandémie" a été créée de toute pièce comme une guerre microbiologique, ici, virologique. Il en est de même avec la "canicule " aussi réelle que le virus existait bel et bien. Mais moi, j'ai des doutes, des doutes à cause de la géoingéniérie, des doutes de conspirationnistes. CAR figurez-vous qu'en creusant un petit peu, je me suis aperçu qu'il existait de fameux progrès dans la manipulation du climat depuis que les USA inondait les routes et les chemins du Vietnam. Ceratains êtres humains, mal intentionnés dirait tonton Georges sont capables de pouvoir créer des tremblements de terre, des tsunamis, et grâce au projet HAARP à faire réfléchir les rayons du soleil au niveau de la ionosphère à un endroit et créer des trous dans un autre endroit favorisant des stagnations d'air chaud. Pour asservir les humains, d'autres humains sont capables de tout. De nombreux indiens ont bien été exterminés par les virus de la variole et de la rougeole et de la grippe. Enfin il est actuellement prouvé scientifiquement que la protéine Spike reste dans notre corps et modifie notre ADN. J'appelle cela de l'assassinat. Sinon restons zen. On supprime des matches de tennis et bientôt l'accès au terrain lui-même. Le pain et les jeux ne doivent être distribués que par Big brother.
    bruno034

    bruno034 Le 08/07/2026

    Oui, ne m'analyse et oui, je bémolise et oui, je suis un peu mal à l'aise avec la tournure que prennent nos dites démocraties. Très bonne lecture cher Alain ! Et je te rappelle que ces analyses sont dans la droite ligne, découlent, de mes analyses sur le Covid et sa gestion. La géoingénierie n'est pas (encore?) dans mes radars, j'ai lu des trucs lors des incendies de Hawaï, mais je n'ai pas creusé. Mais tu m'as conseillé des lectures, je ferai, en bon esprit curieux et critique !

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