Le chiffre, le mot, le QR code : six années à regarder fabriquer le réel politique

Le 16/08/2026 0

Article du 16 août 2026

Ce pourrait être le titre d’un « livre » que j’ai envie d’écrire pour analyser le parcours intellectuel de ce blog. Une sorte de prise de recul pour en faire ressortir les points les plus importants, indépendamment des commentaires de l’actualité. Un livre qui serait une sorte de guide de lecture.

 

Pourquoi ce titre, alors ? Parce que les trois mots représentent trois étapes, non de mon cheminement, mais du mode actuel de gouvernementalité :

  • le chiffre décrit, et l’on s’est beaucoup servi de chiffres pendant la crise Covid qui a été le point de départ de ma réflexion… mais qui n’est pas le point d’arrivée.
  • le mot qualifie et désigne : c’est le mot dont on se sert pour désigner le réel, l’interpréter, lui donner du sens. Ce réel, cela peut être un variant de virus auquel « on » donne un nom effrayant (variant Frankenstein), le mot alerte qui revient maintenant dans chaque bulletin météo (alerte canicule, alerte orages, alerte pollens…).
  • le QR code autorise ou n’autorise pas le citoyen, alors que notre démocratie s’est construite sur un régime de droits (inaliénables) et pas d’autorisations.

Et entre les trois mots, se dessine un mouvement de gouvernementalité qui montre l’alliance entre le Savoir et le Pouvoir : mesurer > nommer > gouverner. À chaque fois, pour moi, la même question, au fond :

  • Qui tient le thermomètre ?
  • Qui choisit les mots ?
  • Qui délivre l'autorisation ?

Au commencement de ce blog, j’observe des thermomètres statistiques : les chiffres de contaminations, les lits de réanimation, les taux, les courbes. À la fin, j’analyse des QR code : ce n'est plus un instrument qui mesure le réel, c'est un instrument qui détermine comment et si on peut accéder à la vie sociale commune.

Entre les deux, on trouve les opérations suivantes : mesurer → interpréter → inquiéter (La démocratie globalitaire. Gouverner par la Peur, livre écrit, à publier !) → prescrire → contrôler → autoriser.

Il me semble que le pouvoir ne se contente plus de nous dire ce qu'il faut penser du réel ; il conditionne de plus en plus, matériellement, notre accès à l'espace commun.

Mon blog était initialement consacré à une crise sanitaire que j’essayais de vivre en la comprenant, pas en subissant son récit médiatico-politique. Il est progressivement devenu, je le vois au fil des articles avec le recul, une enquête sur les conditions de fonctionnement d'une démocratie.

En 2020, je cherchais à comprendre les chiffres. Trois ans plus tard, je pouvais regarder ce que les décisions prises au nom de ces chiffres avaient produit. C'est à ce moment que le mot « contrôle » est apparu dans mon analyse.

En 2020, je voyais les chiffres du COVID, annoncés quotidiennement en conférence de presse par O. Véran et je me demandais : que signifient ces chiffres ? Comment les interpréter ? Les « situer » ? Je disais alors « « Regardons mieux ces chiffres. »

En 2021, je me demandais comment et pourquoi ces chiffres produisent-ils de la peur ? Quels en sont les effets sur la citoyenneté ? « « Regardons ce que ces chiffres permettent de décider, sans débat. »

En 2022-2023, avec les pass sanitaire et vaccinal, mon questionnement a bougé : « pourquoi cette peur justifie-t-elle des dispositifs ? », « qu'est-ce que ces dispositifs ont produit et que reste-t-il ? ». Ma question principale est devenue : « Regardons le récit dans lequel ce chiffre est inséré. »

En 2024, mon questionnement s’est encore élargi avec d’autres « crises », Ukraine notamment, climat aussi. Retrouverait-on le même mécanisme dans d'autres domaines ? Mon questionnement est désormais plus du côté de : « Regardons le fonctionnement démocratique qui rend ce récit opératoire. »

Aujourd’hui, en 2026, je m’interroge : Pourquoi j’écris au fond ? avec le risque de faire peur… alors que je veux aider à comprendre ! Je commence à me dire : « Je comprends maintenant pourquoi je regardais le doigt plutôt que seulement la lune. » Et je me dis que je pourrais encore essayer de mieux analyser.

Aussi, je voudrais revenir sur mon propre parcours, en reconnaître les excès dus à un manque de recul ou à une position émotionnelle mais aussi en chercher les lignes de force, ce qui est indépendant de l’actualité et qui peut servir de grille de lecture des fonctionnements démocratiques.

Ecrire ce blog m’a valu pas mal de retours positifs mais aussi des jugements, des étiquettes, c’est le jeu de celui qui expose sa pensée :

  • je questionne un chiffre → « négationniste » ;
  • je questionne une mesure → « anti-science » ;
  • je questionne une stratégie vaccinale → « antivax » ;
  • je questionne un récit de guerre → « pro-Poutine » ;
  • je questionne certains aspects du discours climatique → « climatosceptique ».

Chaque fois, la structure est la même et une question locale amène une étiquette globale, avec une conséquence essentielle : la discussion sur l'objet est remplacée par une discussion sur l'identité supposée de celui qui parle. Et ce genre d’étiquetage est fondamentalement nuisible à la vie démocratique, qui est faite de débats. Mais ce n’est pas l’avis de notre présidente actuelle de … l’Assemblée nationale, lieu par excellence du débat démocratique :

https://www.facebook.com/reel/3250646085138844

Si je fais ce livre, en gros pour les lecteurs de ce blog (quelques centaines de personnes), ma  conclusion ne serait pas de dire : « J'avais raison. » Ce qui serait intellectuellement faible et particulièrement inintéressant, mais plutôt pour retracer les étapes d’un itinéraire, quelque chose comme :

« Je croyais regarder une crise sanitaire. Je me suis aperçu que je regardais une manière de fabriquer le réel. » « Je ne remets pas en cause le réel, mais la mise en discours qui est faite de ces réalités. »

Et la mise en discours me ramène du côté de mon ancrage scientifique de linguiste, sociolinguiste, me permet de ne pas sortir de mon champ d’expertise pour me faire virologue amateur, climatologue de salon !

À ce stade, si je faisais ce livre, il pourrait s’articuler ainsi, avec des rappels d’articles, des extraits un peu enfouis dans les 160 articles produits depuis l’été 2020.

1.Mesurer le réel

Le chiffre, le thermomètre, les indicateurs.

2.Raconter le réel

Le discours, les images, les experts, les médias.

3. Faire peur

La menace, l'urgence, le catastrophisme.

4. Faire consentir

Les restrictions, les dispositifs, la pression sociale, l'exception.

5. Faire taire

Disqualification, censure, étiquettes, fermeture du débat.

6. Désigner

Le mauvais citoyen, l'ennemi intérieur, le traître, l'extrémiste.

7. Autoriser

Le passage d'un régime de droits à un régime de conditions et d'autorisations.

Et derrière ces sept verbes, il y aurait un seul problème :

« Comment une démocratie fabrique-t-elle le réel politique auquel ses citoyens doivent ensuite adhérer ? »

Si je prends du recul, mon blog a abordé les questions de santé, de politique internationale et de guerre, le fonctionnement des médias, les idéologies et les étiquettes politiques, les mécanismes de contrôle de l’information. Chaque fois, le même fonctionnement, un dispositif discursif commun : menace > urgence > réduction de l'espace du questionnement > récit dominant > disqualification des récits concurrents > acceptation de mesures présentées comme nécessaires.

Et dans ce processus la fabrique de l’information est essentielle : quand l'information est transparente, confiance ; opaque ? Soupçon. Quand les autorités reconnaissent l'incertitude, possibilité de débat. Quand elles affirment au contraire une certitude excessive : sentiment de dissonance avec le réel. Quand elles censurent ou disqualifient ? Perte de confiance du citoyen. Quand elles demandent ensuite un effort collectif : le consentement devient (pour une partie de la population du moins) plus difficile. Et se mettent en place des mécanismes que j’ai étudiés de désignation du Bouc émissaire…

Ferai-je ce livre transversal ? J’aimerais bien, mais c’est un chantier, il faut faire des fouilles !

Sera-t-il lisible, fait d’extraits d’articles datés ou d’articles entiers ? Autre question !

Sera-t-il publiable ? Probablement pas du fait de sa nature atypique, mais c’est moins important au temps des contenus accessibles en ligne. Je pourrais l’héberger en format électronique, quelque part !

On verra !

Bonne suite d’été !

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