Article du 1er août 2026
Comment une action de boycott politique annoncée et documentée a été transformée en affaire d'antisémitisme et ce que cela dit de l'état de la liberté d'expression en France.
Le 01/08/2026 0
Article du 1er août 2026
Comment une action de boycott politique annoncée et documentée a été transformée en affaire d'antisémitisme et ce que cela dit de l'état de la liberté d'expression en France.
Ce qu’il y a de formidable (au sens premier du mot : effrayant) dans cette affaire médiatico-politique d’une DJ boycottée, c’est que l’accumulation des discours efface les faits. Revenons-y avant un peu.
Samedi 18 juillet 2026. La DJ Barbara Butch se produit au festival du Cabaret Frappé à Grenoble. Son concert est perturbé par des militants pro-palestiniens. Elle quitte la scène. Depuis, c'est le déluge : le RN, les macronistes, François Ruffin, Clémentine Autain, le PS, le Parti Communiste — tout le monde monte au créneau. On parle d'agression antisémite, d'attaque LGBTphobe, de «lâcher de chiens». Le Monde consacre un éditorial à la responsabilité de LFI dans la résurgence de l'antisémitisme.
Un problème avec ce récit : il ne correspond pas aux faits. Ce qui s'est passé à Grenoble avait été annoncé, organisé, documenté. C'était un boycott politique, un outil aussi vieux que la démocratie elle-même. Et le transformer en affaire d'antisémitisme dit quelque chose d'important, et d'inquiétant, sur l'état de la liberté d'expression en France en 2026.
1. Ce qui s'est passé : les faits avant le bruit
Le 10 juillet 2026, soit huit jours avant le concert, Le Dauphiné publie un article sur l'appel au boycott de Barbara Butch. https://www.ledauphine.com/politique/2026/07/10/appel-au-boycott-de-barbara-butch-lfi-pret-a-mettre-les-moyens-humains-pour-s-opposer-a-la-venue-de-la-dj?utm_source=chatgpt.com
LFI Isère annonce qu'elle est « prête à mettre les moyens humains pour s'opposer à la venue de la DJ ». Les motifs sont clairement énoncés : son soutien à la loi Yadan — texte visant à criminaliser le mouvement pro-palestinien, contesté par 700 000 signataires d'une pétition — et un concert donné à la résidence de l'ambassade de France à Tel-Aviv en 2025, deux ans après le début des opérations militaires à Gaza.
Parallèlement, un communiqué unitaire est publié, signé par des organisations LGBTI grenobloises, des collectifs trans, féministes, anticoloniaux — dont Tsedek, collectif de Juifs décoloniaux —, des syndicats étudiants, Queers for Palestine, Nous Toutes, Urgence Palestine Grenoble. Ce tract est adressé à la maire de Grenoble, Laurence Ruffin, qui avait fait hisser le drapeau palestinien sur la mairie, et lui demande de déprogrammer Barbara Butch du festival. Je le reproduis ici, pour que chacun puisse lire, ce que ne font pas les médias. J’ai eu vraiment beaucoup de mal à le retrouver sur le net.




Le motif est explicite : Barbara Butch est présentée comme « une figure de la stratégie de pinkwashing d'Israël », c'est-à-dire de l'utilisation de l'image pro-LGBTI par un État pour faire oublier ses politiques militaires. Le tract souligne l'argument du pinkwashing avec une précision qui mérite d'être lue : Israël met chaque année en avant la marche des fiertés de Tel-Aviv, alors même que le mariage homosexuel y reste interdit. Pas un mot sur le judaïsme de Barbara Butch. Pas une invective sur son physique. Elle est mise en question pour des actes politiques, es positions publiques. Une cohérence militante, donc, de la part de personnes qui refusent le sort fait aux Palestiniens et le soutien d’artistes. On imagine un concert donné en France par un artiste soutenant la Russie en ce moment ?
Le concert a lieu quand même. La mairie a maintenu ses positions. Il est donc perturbé. Chronique d’un boycott annoncé, pour reprendre le titre de Garcia Marquez. Les vidéos montrent des slogans, des huées. Aucun jet de bouteille n'est visible : dans une salle sécurisée selon les normes actuelles, les bouteilles en verre ne passent pas les entrées. Mediapart mentionne, au terme d'une longue enquête, « un projectile » repéré sur une vidéo et un câble électrique coupé. Oui, il y a bien une bouteille de San Pelegrino en plastique en bas de l’estrade
2. Le tableau des positions — deux logiques face à face
Je vais faire l’économie d’une analyse des discours et résumer les positions en un tableau assez simple. C’est plus facile pour s’y retrouver ! On a, au fond, deux systèmes de valeurs qui s’affrontent sur cette question : liberté d’expression contre légitimité du boycott.
|
Défense de la liberté d'expression de Barbara Butch |
Arguments en faveur du boycott |
|
Perturbation d'un concert = atteinte à la liberté de création et d'expression artistique |
Le boycott est un outil politique non-violent, pas une censure. Le public peut manifester son désaccord avec un artiste pour ses positions politiques |
|
Barbara Butch est ciblée parce qu'elle est juive, queer et en surpoids : l'action revêt donc un caractère antisémite, LGBTphobe et grossophobe |
Elle est ciblée pour ses actes politiques précis : signature d'une tribune soutenant la loi Yadan et concert à la résidence de l'ambassade de France à Tel-Aviv en 2025, deux ans après le 7 octobre |
|
LFI orchestre une campagne «aux fortes connotations antisémites» (Joffrin). Le mouvement doit prendre ses responsabilités (Le Monde) |
Le tract d'appel au boycott est signé par des organisations LGBTI, trans, féministes et des collectifs juifs anticoloniaux (Tsedek). Aucun mot antisémite dans le texte. Mathilde Panot (LFI) a elle-même qualifié le tract de «mauvais» |
|
Des bouteilles ont été lancées, un câble coupé : c'est de la violence |
Aucun jet de bouteille visible sur les vidéos. Mediapart évoque «un projectile» et un câble coupé. Dans une salle soumise aux normes sécuritaires actuelles, des bouteilles en verre ne peuvent entrer |
|
300 personnalités, le RN, le PS, les macronistes et une partie de la gauche : coalition large contre l'antisémitisme |
Cette coalition est celle-là même qui n'a rien dit quand Judith Butler (queer et juive) a été censurée à Paris, quand le colloque Palestine du Collège de France a été déprogrammé, quand Guillaume Meurice a été licencié |
|
Le ministre Nunez : «Empêcher une artiste de se produire est une atteinte inacceptable à la liberté d'expression» |
C'est le même Nunez qui a tenté d'interdire le concert antiraciste du 21 juin à Paris (annulé par la justice), qui dissout des associations et interdit des manifestations |
Ce tableau révèle une asymétrie fondamentale. D'un côté, des arguments sur les identités de Barbara Butch (juive, queer, en surpoids). De l'autre, des arguments sur ses actes (signature, concert, positions publiques). Le premier camp interdit que l'identité soit dissociée des actes. Le second pose que, précisément, juger quelqu'un sur ses actes et non sur son identité est la condition minimale d'un débat démocratique.
3. Une histoire du boycott — de Gandhi à l'apartheid
Le boycott n'est pas une invention de LFI ni du mouvement pro-palestinien. C'est l'une des formes d'action politique les plus anciennes et les plus légitimes des sociétés démocratiques. Son nom vient d'un propriétaire terrien irlandais, Charles Boycott, mis en quarantaine par ses fermiers en 1880 pour avoir refusé de baisser les loyers. Le concept est simple : refuser de donner son argent, son travail ou sa caution morale à quelqu'un ou quelque chose que l'on juge injuste.
Gandhi et le boycott colonial
Mohandas Gandhi en fait l'arme centrale de la résistance non-violente à l'empire britannique. En 1920, il lance la campagne de non-coopération : boycott des institutions coloniales, des tribunaux, des écoles britanniques, des produits importés, notamment les textiles, au profit du tissu filé artisanalement (le khadi). Le geste du rouet deviendra le symbole de l'indépendance. En 1930, c'est la marche du sel : boycott de la taxe coloniale sur le sel. Le boycott gandhien ne vise pas les Britanniques comme personnes. Il vise le système colonial qu'ils représentent et auquel ils participent.
L'apartheid et la naissance du boycott culturel international
Le boycott de l'Afrique du Sud de l'apartheid est la référence historique incontestée. Lancé dès 1959 à l'initiative de l'ANC, il s'organise en plusieurs volets : économique (boycott des oranges Outspan, dont la baisse des ventes est estimée à 30 %, poussant les entrepreneurs sud-africains à faire pression sur le régime), sportif (exclusion des Jeux olympiques en 1964 et 1968), et culturel. Ce dernier volet a reçu le soutien explicite de l'ONU.
Dans les années 1960, des dizaines de dramaturges et cinéastes britanniques et américains s'engagent à ne pas autoriser la représentation de leurs œuvres devant des publics ségrégués en Afrique du Sud. Dans les années 1980, des artistes comme Queen ou Elton John jouent à Sun City, un sport de tourisme en plein dans un bantoustan sud-africain, bravant le boycott culturel. Ils sont vivement critiqués. Un des membres de Queen revient sur cette histoire en 2021 : https://www.metalzone.fr/news/167077-roger-taylor-voyage-queen-afrique-du-sud-apartheid-erreur/
La question qui leur est posée alors n'est pas : « Êtes-vous homophobes ? ». C'est : « Pourquoi prêtez-vous votre talent à un régime raciste ? » Leur homosexualité n'est pas en cause. Leurs actes le sont. C'est exactement le cadre du boycott de Barbara Butch.
Le boycott comme droit et sa criminalisation en France
La Cour de justice de l'Union européenne a rappelé en 2020 que l'appel au boycott de produits israéliens relève de la liberté d'expression. En France, pourtant, des tribunaux ont condamné des militant, et le gouvernement a dissous des collectifs pro-palestiniens pour leurs appels au boycott. La loi Yadan (celle que Barbara Butch avait soutenue) visait précisément à criminaliser cette pratique. Il y a une ironie vertigineuse dans le fait que les mêmes acteurs qui prétendent défendre la liberté d'expression de Barbara Butch soient ceux qui ont soutenu ou laissé faire la criminalisation du droit au boycott. Défendre la liberté d'expression d'un côté tout en soutenant sa restriction de l'autre : c'est de la liberté sélective.
4. Le Monde, LFI et le procès en antisémitisme
C'est ici que l'affaire prend une dimension qui dépasse la polémique estivale. Le Monde publie un éditorial intitulé « Antisémitisme : la direction de LFI doit prendre ses responsabilités ». Le Monde, prétendument « journal de référence » a déjà publié des tribunes allant dans le même sens les jours d’avant. Barbara Butch a eu droit à la sienne pour dire que l’antisionisme est de l’antisémistise. https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/20/barbara-butch-et-son-avocate-l-antisionisme-invoque-n-a-ete-a-grenoble-que-le-vetement-de-l-antisemitisme_6727479_3232.html?srsltid=AfmBOoqKRFS_ADt-F0KTgl241cXQDmvOGgetMhduIzX80TZOVmdLtcGb
Refrain connu qui empêche désormais toute critique, qui musèle. Là, Le Monde franchit une étape de plus, c’est un éditorial, le point de vue de la rédaction. Et c’est une accusation sans détour sur LFI, qui n'est qu'un parmi de nombreux signataires. Le Monde n’informe plus, il devient partie prenant du débat politique. Acteur.
Examinons le procédé. L'éditorial du Monde associe LFI et antisémitisme à partir d'un événement (la perturbation d'un concert) dont les organisateurs ont pris soin, huit jours avant, d'en expliquer les motifs dans un texte public, sans mention de l'appartenance religieuse de l'artiste, sans terme discriminatoire, en invoquant des positions politiques précises et documentées.
Mais Le Monde ne revient pas à ce texte. Il ne cite pas le tract, n’en reprend aucune formule. Il ne discute pas non plus l'argument du pinkwashing. Il ne se demande pas si la signature de la loi Yadan et le concert à l'ambassade de Tel-Aviv constituent des positions politiques légitimement critiquables. Il associe, sans aucune démonstration, une action de boycott annoncée à une campagne antisémite. C'est un glissement d'une gravité particulière venant d'un titre qui se veut journal de référence.
Il y a un mot pour ce procédé : amalgame. Confondre délibérément l'antisionisme, critique des politiques d'un État, avec l'antisémitisme (haine des personnes en raison de leur appartenance religieuse ou ethnique) est une faute intellectuelle. Commise délibérément, répétée systématiquement par un journal de référence, c'est une manipulation. Elle a pour effet concret d'interdire toute critique de la politique israélienne en la qualifiant automatiquement de haine raciale. C'est ce que le tract d'appel au boycott, signé notamment par des organisations juives, refusait précisément. On tente de faire croire que cette DJ aurait été prise pour cible parce qu'elle est juive, en surpoids et Queer, et pas pour ses prises de position. Les faits n'importent plus, l'identité d'une personne compte plus que ses actes. Homophobie, grossophobie, antisémitisme : trois totems d’immunité, alors que rien ne porte sur ces questions !
L'éditorialiste Laurent Joffrin parle de « campagne aux fortes connotations antisémites » et de « justifications honteuses » : https://librejournal.fr/article/antisemitisme-rechute-chez-les-insoumis/
C’est la même presse qui n'a pas commenté la déprogrammation d'un colloque Palestine au Collège de France, qui n'a pas défendu Judith Butler, philosophe queer et juive, censurée par la mairie de Paris, qui n'a pas crié à l'atteinte à la liberté d'expression quand le collectif sioniste Nous Vivrons envahissait le plateau de Radio Nova ou tentait d'empêcher par la force une conférence dans une librairie marseillaise. C'est la même liberté d'expression pour tout le monde, ou ce n'en est plus une. Une liberté qui ne vaut que pour les idées déjà dominantes n'est pas la liberté : c'est la reproduction de l'ordre.
4 bis. Fedorova et la liberté d'expression à géométrie variable
L’actualité télescope deux cas de « liberté d’expression », et le télescopage est cruel pour le Pouvoir. Un cas, publié au Journal officiel du 30 juillet 2026, mérite d'être mis en regard direct avec l'affaire Butch. Xenia Fedorova, ancienne dirigeante de RT France, chroniqueuse régulière dans les médias du groupe Bolloré, se voit notifier, dans la même semaine, deux mesures conjointes des ministres de l'Intérieur et de l'Économie : un arrêté d'expulsion du territoire français, et un gel de l'ensemble de ses avoirs pour une durée de six mois. Le motif, cité par Libération : elle « contribue à la diffusion d'un discours de désinformation et de déstabilisation, visant à manipuler l'opinion publique et à saper la confiance des citoyens européens en leurs institutions ».
Son avocat, Me Emmanuel Piwnica, dénonce une mesure « manifestement illégale » qui « confirme l'acharnement » du gouvernement contre sa cliente. Le ministre Nunez (le même qui défendait avec émotion la liberté d'expression de Barbara Butch quelques jours plus tôt) assure que l'expulsion de Fedorova « n'est pas une atteinte à la liberté d'expression ». On appréciera la cohérence. Mettons les choses côte à côte.
D'un côté : des militants pro-palestiniens huent une DJ lors d'un concert (action de boycott annoncée, documentée, sans violence établie). Le ministre de l'Intérieur crie à l'atteinte à la liberté d'expression. La ministre de la Culture reçoit même l'artiste à son cabinet et la justice ouvre une enquête pour « délit d'entrave concertée aux libertés ». Trois cents personnalités signent une tribune.
De l'autre : une chroniqueuse qui, quotidiennement, dans des émissions regardées par des millions de Français, défend les positions du Kremlin sur une guerre en cours, relativise les crimes de guerre documentés, sème le doute sur les institutions démocratiques. Elle fait entendre une autre voix que celle, on peut le dire maintenant, « autorisée » : il n’y a pas d’autre mot. Elle est expulsée et ses comptes bancaires gelés. Et le même ministre dit que ce n'est pas une atteinte à la liberté d'expression.
La liberté d'expression, en France, en juillet-août 2026, fonctionne donc ainsi : huées contre une DJ pro-israélienne = atteinte intolérable. Expulsion et gel des avoirs d'une chroniqueuse pro-Poutine = mesure de sécurité nationale parfaitement légitime. On ne discute pas ici du fond : les positions de Fedorova sont discutables, la propagande russe est réelle et documentée, et personnellement défendre à travers elle la chaine préférée de Bolloré, ça me fait mal au ventre ! Mais je le fais, parce que je discute du principe. Et de principe, appliqué de façon aussi sélective, il n’en est plus question. Le principe cède la place à l’arbitraire qui est le propre des États illibéraux. Le fait du prince avant l’état de droit.
La ministre de la Culture veut museler : mais qui ?
Comme si cela ne suffisait pas, la ministre de la Culture Catherine Pégard annonce vouloir renforcer les sanctions pénales contre le délit d'entrave à l'expression artistique. C’est quoi encore ce truc ? Il s’agit d’une infraction créée en 2016 pour lutter contre les actions de groupes d'extrême droite qui envahissaient les théâtres pour interrompre des spectacles jugés blasphématoires ou choquants. La loi visait, à l'origine, les perturbateurs de Mariage pour Tous, les catholiques intégristes qui sabotaient des salles de spectacle. Elle avait été défendue par la gauche culturelle. La ministre veut donc l'élargir, et l'aggraver, à la lumière de l'affaire Butch. Ce faisant, elle crée un outil répressif qui pourra demain être utilisé contre n'importe quelle forme de contestation publique lors d'un concert, d'un festival, d'une performance, y compris les interruptions des militants pro-palestiniens, des féministes qui interpellent un artiste mis en cause pour violences sexuelles, des militants écologistes qui perturbent un événement sponsorisé par Total.
C'est le mécanisme classique de la répression par glissement de catégorie : on crée une infraction pour protéger les minorités, on l'étend pour neutraliser leurs alliés. Et la liberté d'expression que la ministre prétend défendre devient, par ce durcissement, une liberté sous surveillance : accordée aux artistes jugés légitimes, retirée à ceux qui dérangent.
5. Ce que cette affaire révèle
L'affaire Barbara Butch n'est pas une tempête dans un verre d'eau. Elle est un révélateur. Elle montre, en quelques jours, plusieurs mécanismes à l'œuvre dans le traitement public du débat en France.
Premier mécanisme : la substitution de l'identité aux actes. Dans notre période de «post-vérité victimaire», comme l'écrit Contre Attaque, l'identité d'une personne finit par immuniser ses positions contre toute critique. Une militante queer et juive ne peut être critiquée pour ses actes politiques sans que la critique soit aussitôt requalifiée en LGBTphobie ou antisémitisme. Ce logiciel, d'abord produit par les milieux progressistes, est désormais utilisé avec jubilation par les milieux réactionnaires, y compris le RN, qui a volé au secours de Barbara Butch.
Deuxième mécanisme : la criminalisation du boycott. L'outil le plus pacifique de la résistance politique (refuser de cautionner) est présenté comme une violence. Les mêmes qui ne disent rien du boycott des sportifs et artistes russes depuis 2022 s'indignent du boycott d'artistes ayant pris position en faveur de politiques israéliennes. L'asymétrie est trop flagrante pour être accidentelle.
Troisième mécanisme : l'amalgame médiatique comme instrument de clôture du débat. Quand un journal comme Le Monde associe sans preuve une action politique à l'antisémitisme, il ne fait pas du journalisme. Il produit une interdiction discursive : après cela, toute discussion sur les fondements du boycott devient suspecte, toute position critique sur la politique israélienne devient risquée, tout militant pro-palestinien devient un antisémite potentiel. C'est la fermeture du débat par le soupçon.
Par cette stratégie du Monde se poursuit la diabolisation de LFI. Ne pas s’y tromper : on est en pleine campagne présidentielle et Le Monde roule ici pour le pouvoir en place : celui-ci entend bien se maintenir sous son nouveau visage, le Rassemblement national. Il faut le dédouaner, le dédiaboliser pour permettre un vote décomplexé et cette stratégie passe par la diabolisation à tout prix de LFI. Tous les prétextes sont bons, tous les raccourcis.
Ce n'est pas ainsi qu'une société démocratique traite ses désaccords politiques. C'est ainsi qu'elle les étouffe.
Ajouter un commentaire