Le grotesque en politique : quand la force se donne en spectacle… encore

Le 24/08/2026 0

Article du 24 août 2026

Il y a quelques mois, j’écrivais que le grotesque en politique n’est pas un accident : c’est une stratégie de pouvoir. Je renvoie à sa lecture pour plus de développements, mais je rappelle qu’il s’agit de décrire une manière que le Pouvoir a de s’exhiber comme force brute, de se poser en rupture avec les normes démocratiques, de transformer la violence en posture virile et la démesure en programme. Le grotesque, disais-je, n’est pas le contraire du sérieux : il en est la caricature assumée, la grimace qui sert d’argument.

 

Rien n’a changé. « Et ça continue, encore et encore… C’est que le début, d’accord, d’accord » ? C’est du moins ce que chantait Cabrel.

Cet article ne reprend pas la démonstration (https://informations-covid.e-monsite.com/blog/le-grotesque-en-politique-ou-la-force-qui-se-donne-en-spectacle.html) mais l’actualise parce que l’actualité offre de nouveaux exemples, tragiques.

Je fais une sorte de blog minimum, pour respecter vos vacances finissantes et les miennes et aussi parce que je m’engage dans la rédaction de ce livre que j’évoquais dans le précédent article, en reprenant les données accumulées sur 161 articles de blog. Mais le projet a un peu changé : en fouillant mon grenier d’articles parfois un peu poussiéreux, je me suis dit qu’il était peut-être plus intéressant de faire un « vrai » livre politique, autour de ce que devient la démocratie. J’en ai déjà fait un, La démocratie globalitaire. Gouverner par la peur, que j’espère éditer prochainement chez L’Harmattan (après un an et demi de dialogue, de reprises et d’attente chez Fayard… qui a finalement décliné) mais il s’agirait ici, sans trop de théorisation, de suivre un autre fil, complémentaire du premier, celui dont j’ai traité récemment, du passage d’une République des droits à une République des autorisations. Il y a je crois la matière pour cela.

Aussi, dans les semaines qui viennent, je publierai moins ou plus court. Ce qui n’est peut-être pas un mal ! Mais revenons au grotesque et à son leader. Et qu’on ne me dise pas qu’en le mettant ainsi en valeur je suis antisémite 

Ben Gvir : la politique comme performance meurtrière

Ces derniers jours, Itamar Ben Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, a franchi un nouveau seuil dans cette dramaturgie de la force. Dans un podcast, il a appelé à « éliminer 30 à 40 Palestiniens chaque nuit », précisant qu’il ne s’agissait pas seulement de combattants, mais aussi de civils qu’il juge « indignes de vivre »... Je renonce à vous donner l’adresse Html, ce serait lui faire trop d’honneur, mais vous la trouverez aisément.

On retrouve ici la mécanique du grotesque politique :

  • l’hyperbole violente et/ou meurtrière,
  • la déshumanisation explicite,
  • la provocation calculée,
  • la mise en scène de soi comme incarnation de la violence légitime.

En fait, par cette déclaration, Ben Gvir ne gouverne pas : il perform comme disent les Anglais. Il joue le rôle du ministre qui dit tout haut ce que « les vrais hommes » penseraient tout bas. Il transforme l’extrême en spectacle, et le spectacle en programme. Ce n’est plus de la politique : c’est du théâtre de la cruauté.

Trump : l’empire comme sketch géopolitique

Pendant ce temps, Donald Trump, dans un meeting, a suggéré que les États-Unis pourraient « prendre le contrôle du détroit d’Ormuz », comme si un passage maritime international pouvait devenir une propriété américaine par simple déclaration martiale. La logique est la même :

  • dire l’énormité,
  • tester la réaction,
  • occuper l’espace médiatique,
  • imposer la fiction d’une puissance sans limites.

Le grotesque, ici, n’est pas seulement l’absurdité géopolitique : c’est la manière dont la parole politique se transforme en fantaisie impériale. Une sorte de cartoon diplomatique où l’on redessine les frontières à la craie, entre deux applaudissements. Pendant que j’écris ces lignes, sa dernière manifestation grotesque est contre le Canada, qu’il taxe arbitrairement.

« "Ça suffit !". Donald Trump, le président américain, a fustigé, dimanche 23 août, la réaction du Premier ministre canadien Mark Carney, au moment où les tensions commerciales entre les deux pays s'intensifient.

Les États-Unis ont imposé samedi des droits de douane de 50 % sur des produits canadiens. En riposte, le Canada a annoncé des mesures de rétorsion visant l'acier ou les produits laitiers américains, provoquant la colère de Washington qui a ensuite menacé de surenchérir.

"Le Canada veut les avantages d'un État (des États-Unis, NDLR) sans en être un !", a déclaré le président américain dans un message sur son réseau Truth Social.

"Ils ont aussi imposé à nos formidables agriculteurs, pendant de nombreuses années, des montants énormes de tarifs douaniers. Ca suffit !", a-t-il ajouté. »

https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20260823-commerce-%C3%A9conomie-droits-de-douane-le-ton-monte-entre-donald-trump-%C3%A9tats-unis-canada-marc-carney

Je ne commente pas plus. Après la guerre commerciale, la guerre tout court ? Ah, mince, il y a encore le chewing gum iranien collé au talon !

Le grotesque comme symptôme d’une politique dégradée

Ce qui relie Ben Gvir et Trump, ce n’est pas leur idéologie - possiblement différente - mais leur usage de la parole comme arme de sidération. Ils ne cherchent pas à convaincre : ils cherchent à imposer. Ils veulent moins gouverner que dominer symboliquement et exhiber ce qu’ils pensent être leur force les intéresse plus que résoudre les problèmes.

Le grotesque est devenu un mode d’exercice du pouvoir qui contourne les institutions, sature de déclarations l’espace médiatique, normalise l’extrême et rend la violence pensable, puis acceptable.

Ce n’est pas un dérapage, c’est bel et bien une méthode.

Et nous ?

Face à cela, les démocraties réagissent comme toujours : indignation, communiqués, condamnations. Comme quand les colons juifs assiègent les villages cisjordaniens, bouchent les sources, coupent et brûlent les oliviers : alors la France dit que ce n’est pas bien et Barrot monte au créneau. Enfin, il prend le micro. Et le grotesque prospère précisément parce qu’il se nourrit de ces réactions. Il transforme la critique en preuve de son propre courage, la stupeur des autres en victoire, la condamnation en publicité gratuite pour sa cause.

Le grotesque politique n’est pas seulement un symptôme : c’est une stratégie de conquête. Et tant que nous le traiterons comme une anomalie, il continuera de s’imposer comme une norme.

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