Méandres de l’édition d’un livre politique

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Article du 8 octobre 2026

 

L’actualité est chargée, très chargée, avec la question du traitement médiatique des grèves lycéennes, la question complexe du rôle de la police dans les conflits sociaux et de la manière dont elle est utilisée, les dénégations de Bardella, ce qu’elles disent et ce que la presse en dit !

Mais je vais faire une parenthèse personnelle, éditoriale, pour vous raconter la difficulté à publier un écrit politique.

 

Il y a plus de deux ans, je finissais un livre qui s’intitulait La démocratie globalitaire. Gouverner par la peur. Dans sa version première, il fait 745 000 signes, plus de 400 pages, et abordait les mutations du pouvoir depuis quelques années, usant de plus en plus de la peur, d’une émotion donc, pour gouverner. J’étais un peu naïf de croire que pareil format avait quelque chance de publication ! Mais c’est que j’avais voulu faire une partie historique, explorant les imaginaires politiques du 20e siècle, après la 2e guerre mondiale pour montrer que tous les pouvoirs avaient toujours mis en avant des imaginaires politiques reposant sur des sentiments positifs. Pas sur la peur. Nouveauté.

Le livre n’a pas été publié. Mais, même sous cette forme indigeste qu’un seul relecteur ami a eu le courage de lire en entier et de me commenter (Merci Joël !), il a attiré l’attention d’un éditeur, L’Artilleur, éditeur assez engagé pour un essai qui l’était tout autant. Mais engagé quand même à droite. Pour moi, j’étais à la fois surpris et pas vraiment. Ce que je pense de la gauche aujourd’hui, dont je relève intellectuellement, dans mes idéaux du moins, c’est qu’elle n’est pas en état d’assumer certains discours qui vont à contre-courant des idéologies les plus dominantes, au plan sociétal. Mon livre pouvait émettre des réserves non sur le réchauffement mais sur un certain récit climatique utilisé pour gouverner ; il faisait de même pour le Covid… C’est une éditeur de droite donc, soucieux de démocratie, qui a trouvé la thèse intéressante et qui m’a demandé une version « grand public », de 300 000 signes maximum… couper près des deux tiers en fait !

J’ai joué le jeu, et me suis pris au jeu même ! Dégraisser le mammouth, ça avait du sens. Cela donnait un essai moins documenté mais plus lisible ! J’aimais bien faire ce travail. J’ai rendu ma copie. 300 000, 9 chapitres brefs, pas de niveaux de titres et sous-titres numérotés. Las ! L’éditeur trouvait que c’était encore trop « scolaire », il y avait des tableaux, des schémas, et ça l’embêtait. Pour le dire plus gentiment, c’était encore trop « universitaire » quoi ! Ben oui, j’écris pour expliquer et les tableaux, ça aide ! Oui, c’est « scolaire », déformation professionnelle !

Il a jeté l’éponge au moment où Fayard la ramassait. Une éditrice était intéressée. Si je pouvais encore réduire ce nouveau format que je lui avais adressé. Nouveau régime minceur ! Pari tenu ! Mon éditrice me dit que la maison était en pleine restructuration, ce dont j’avais bien entendu dire ! Et une nouvelle directrice de publication, la journaliste CNEWS Sonia Mabrouk, maintenant BFM je crois. Il allait falloir attendre… un comité de rédaction pour qu’elle présente le projet. Plusieurs mois sans nouvelles. Et puis un comité. Pas de nouvelle. Mon éditrice ne savait rien. Et puis plus d’un an après, elle me dit « non, je ne vais pas pouvoir le défendre ». Fin de partie, pas d’arguments. Mon texte démocrate n’avait pas non plus convaincu les libertaires de Fayard. Sarkozy fut publié chez cet éditeur en 1 mois… J’en conçus quelque amertume d’auteur jaloux, non condamné à la prison il est vrai, ni marié avec Carlita ! Ni père d’un grand penseur politique qui a désormais son rond de cuir sur les plateaux TV et commente la vie politique, on se demande bien depuis où ! Ah la la, jalousie d’auteur maudit !

Mon livre resterait dans les cartons, j’en ai d’autres d’ailleurs… ils dorment. J’en avais un peu de peine, parce que je l’aime bien, il me semble décrire des choses importantes, donner des clés. Mon copain Olivier me dit après quelques mois. «  Et ton livre alors ? » Il l’avait relu, critiqué, et il ne comprenait pas que je ne publie pas. Je lui disais non, laisse tomber, pas grave… Cœur pincé quand même !

J’ai contacté un éditeur qui fait de l’auto-édition de romans, mais qui a une série d’essais aussi. Pas de réponse.

Et puis ce fin août j’ai écrit à L’Harmattan, qui publie pas mal d’essais, souvent très bien, à condition d’acheter une trentaine d’exemplaires. Je n’avais jamais voulu faire cela et puis je me suis dit que c’était trop dommage que ce livre reste dans des tiroirs. J’ai écrit et avant-hier, réponse positive, et un vrai contrat sans devoir rien payer (aujourd’hui les labos payent pour que les chercheurs publient…) ni acheter. Et avec des droits d’auteur si je dépasse 500 ! Un vrai bonheur, du genre retour de l’enfant prodigue, le livre qui va sortir.

Je vais envoyer d’ici deux jours le tapuscrit définitif à l’éditeur. Et dans quelques semaines, mois, il sera là. 180 pages mais écrit avec de grosses marges.

Voici la 4e de couverture en avant-première :

Dans un contexte où crises sanitaires, tensions géopolitiques et inquiétudes climatiques redéfinissent les pratiques du pouvoir, ce livre propose une analyse rigoureuse d’un phénomène émergent : la démocratie globalitaire. À partir des discours politiques, scientifiques et médiatiques, il montre comment se construisent des Narratifs de la Peur capables d’orienter les comportements et d’étendre l’action publique jusqu’à la sphère privée.

En articulant théorie politique, histoire des idées, actualité et étude des imaginaires contemporains, l’ouvrage éclaire les mécanismes qui transforment l’émotion en instrument de gouvernement. Il offre au lecteur des outils conceptuels pour comprendre ces évolutions et interroger les conditions d’un fonctionnement démocratique préservé.

Un essai exigeant et documenté, qui invite à penser les mutations contemporaines du pouvoir plutôt qu’à les subir.

La bonne nouvelle, c’est que je viens de finir « Vous pouvez, à condition de… La fabrique du citoyen conforme ». Je ne l’ai pas encore envoyé à des éditeurs, mais si dans trois mois je n’ai pas de réponse positive des éditeurs militants (de gauche ou de droite !), il ira vite chez L’Harmattan. Il fera famille avec son grand-frère ! Il lui est complémentaire, vraiment, et aborde d’autres points, qui signent d’une autre manière les mutations (régressions) démocratiques en France. Le précédent traitait de la Peur, celui-ci de l’exigence de conformité. J’y étudie quelques rapports entre les deux !

Prochain article, retour au réel ! Actualité oblige !

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